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Sale journée ▬ Nikola & Keira

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MessageSujet: Sale journée ▬ Nikola & Keira Ven 24 Nov - 23:34




Quelle affreuse nuit. Nikola avait rêvé d’Elle. Ça faisait un moment que ce n’était pas arrivé. Ça faisait un moment qu’il n’avait pas rêvé d’Elle, de lui, d’eux. Et ça lui faisait peur parce que ça faisait longtemps qu’Elle n’était plus dans ses rêves. Ça lui faisait peur car il croyait l’avoir oubliée, et Elle revenait d’un coup. Ça lui faisait peur car il n’avait pas envie de continuer à l’aimer. Non, il n’en avait plus la force.

Nikola alluma une cigarette, dans son lit, ne prenant pas la peine de se lever pour ouvrir la fenêtre. Savourant chaque cellule cancérigène. Il fumait trop. Il fumait trop depuis qu’elle était partie. Elle qui l’avait giflé la première fois qu’ils s’étaient vus tant il était odieux. Il fumait trop, à s’en noircir les poumons qui correspondaient maintenant à la couleur de ses jours. Il aimerait qu’elle soit là pour lui dire de ne pas fumer autant. Elle qui avait réussi à le réconcilier avec un lexique désuet : « couple », « confiance », « fidélité », « projets », « douceur », « sincérité », « communication ». Et il avait adoré ces mots qui lui faisaient si peur. Puis elle s’en est allée. « Je préfère garder le meilleur. »  « Feignante, comment peux-tu savoir qu’il n’est pas devant nous ? »

Nikola ralluma sa cigarette qui s’était éteinte lorsqu’il s’était perdu dans ses pensées. Il inspira cette fumée toxique. Quand bien même l’air paraissait si lourd depuis qu’elle était partie, le tabac froid empestait toujours moins que le souvenir de son parfum. Couvert de fumée et de cendres, il réapprenait doucement à respirer. Connasse.

Il se leva, du pied gauche, et entreprit de s’habiller tout en se faisant chauffer un café. Il avait une chronique à présenter au QG de la grande chaîne nationale, qui se tenait étrangement à Vögar. Sûrement que c’était moins cher ici. Payé à être une grande gueule, il préparait ainsi une chronique par semaine.

Ainsi donc il se rendit sur le lieu, salua l’équipe technique, l’animateur, les assistants, avant d’aller s’enfermer dans sa loge pour se ronger les ongles jusqu’au sang et tenter de chasser son humeur noire. Puis l’heure de l’émission arriva. Après trois cigarettes, il se lança sur le plateau. Il déballa sa chronique acide avec son arrogance naturelle, sans accro. Tout se passait bien. Jusqu’à ce qu’il termine sa chronique et que le présentateur le prie de rester, car ils allaient accueillir un invité spécial. Un politique connu. Nikola senti le piège venir. Et il avait raison. L’émission accueillait sans qu’il le sache une candidate aux élections présidentielles d’Islande. Un furoncle à la face du monde. La candidate de l’extrême-droite. L’Islande du pire.

C’est ainsi que, sous son regard rempli de mépris, elle s’avança, souriant de toutes ses dents de requin sur le plateau. Elle prit place sur le siège juste devant lui. Il pouvait sentir d’ici toute la haine qui emplissait son âme. Mais il tâcha de garder son calme. Ce n’était pas le moment pour déballer sa haine, il avait terminé sa chronique, même si c’était dans cet unique but que le présentateur l’avait prié de rester. Le bobo contre la facho, il voulait de l’audience. Ainsi, l’écoutant vomir sa haine contre les étrangers, il plantait ses ongles profondément dans son siège pour ne pas craquer et la faire valdinguer dans le décor en carton du plateau. Sauf qu’il était vraiment de très mauvaise humeur, et n’ayant de base pas la langue dans sa poche, aujourd’hui ses nerfs étaient à vif. Alors il se leva, regarda la candidate droit dans les yeux, et lui acensa :

« Madame. Le nationalisme mène à ce genre de phrase : « Tu es né du mauvais côté de la frontière, pas de chance, tu vas devoir subir la précarité, le chômage, la stagnation morale, la souffrance physique, et de surcroît je ne t'aiderai pas. » Le nationalisme est l'égoïsme à l'état pur. C’est considérer qu'un être humain peut mourir car il ne fait pas parti de notre société, alors que nous ne nous gênons pas pour aller accomplir nos besoins dans leurs pays à eux. Alors madame, et très cher public, veuillez m’excuser de ne pas pouvoir écouter plus longtemps ce torrent de haine, au revoir. »

C’est ainsi qu’il quitta le plateau en pleine émission. Emission qu’il était censé avoir quitté à la fin de sa chronique de toute manière. Mais voilà, le présentateur l’avait son buzz. Le bobo clash la facho. Ça fera sûrement les gros titres demain, il recevra les torrents d’insultes habituelles des électeurs de droite, il se ferait peut-être remonter les bretelles par la direction, mais tant pis. Il ne pouvait rester plus longtemps à respirer le même air qu’un monstre.

Il passa à sa loge récupérer sa veste, sorti son paquet de cigarettes, se dirigea vers la sortie en croisant quelques personnes de l’équipe technique qui baissaient les yeux face à son regard noir, conscients, car ils avaient vu ce qu’il s’était passé, que ce n’était pas le moment de lui adresser un mot. Il ouvrit la porte de la sortie d’un coup de pied, l'envoyant contre le mur, qui rebondit alors contre Nikola, qui, les nerfs à vif, répliqua à son tour d'un coup de poing pour la renvoyer définitivement contre le mur. Ce qui eu pour conséquence de lui ouvrir la main. Si la douleur physique pouvait atténuer sa colère mentale, c'était tant mieux. Il ne s'en préoccupa pas, inspira un grand coup, et alluma sa cigarette.

« Marýn de mes burnes… Je t’en foutrais des flux d’immigrants moi. Blabla la violence dans les quartiers, et mon cul sur la commode. Vieille pimbêche bourgeoise de mes deux… »

Il s’arrêta de maudire la candidate. Quelqu’un était là. Il se retourna, ses yeux lançant un regard à glacer le sang, et découvrit la personne qui avait assisté à toute la scène.

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Dernière édition par Nikola S. Lokinjörd le Jeu 21 Déc - 18:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sale journée ▬ Nikola & Keira Mer 29 Nov - 17:53





    - C’était du bon boulot, je pense que le résultat sera pas mal ! Keira, tu m’enverras les photos et les rush ?

    La jeune femme leva le pouce qu’un signe de tête venait renforcer pour répondre à son ami Dór. Depuis qu’elle avait lancé sa chaîne YouTube, ses blogs de photographie et sa carrière d’actrice, Keira avait rencontré quelques personnes du milieu en Islande. Aujourd’hui, elle avait participé en tant qu’actrice et co-réalisatrice à une vidéo d’un ami YouTubeur de Reykjavik. Ils avaient terminé le tournage aujourd’hui, fiers de leur travail accompli. Les trois vidéastes rangèrent leur matériel, se dirent au revoir, et repartirent chacun de leur côté. Keira était satisfaite de leur travail, ils avaient été efficaces, créatifs, professionnels. Ce sketch plein d’humour aurait du succès, elle en était sûre. De plus, cette collaboration allait être un réel coup de pouce pour sa propre chaîne ; la notoriété de Dór serait une véritable aubaine.

    Le coeur léger et satisfait, Keira se dirigeait vers l’arrêt de bus en chantonnant. Lorsqu’elle monta à l’intérieur, son “bonjour” débordant de joie sembla surprendre le chauffeur qui se contenta de la regarder étrangement au lieu de répondre. Les humains manquent cruellement de légèreté. Bien sûr que la vie est difficile, une vraie connasse parfois, et c’est justement pour ça que la jeune femme plaçait tous ses efforts pour rester joyeuse en toute occasion. La joie est partout, il suffit de la trouver, et de l’exploiter. En quelque sorte, elle voyait ça comme sa mission. Elle tentait tout les jours de partager avec les autre le rayon d’optimisme qui illuminait son être.

    Après plusieurs minutes de bus, il s’arrêta enfin à Vögar. Sa sacoche d’appareil photo sur une épaule et son trépied dans une main, Keira avança joyeusement dans les rues de sa chère ville. Peut-être s’arrêterait-elle pour prendre quelques photos, si la belle et capricieuse Déesse de l’inspiration venait la transpercer de son pouvoir. Tout en marchant, l’anglaise sorti son réflexe et commença à y appliquer quelques réglages, pour se préparer à un éventuel chef-d'oeuvre. Plongée dans les méandres de ses paramètres, Keira fut surprise par un énorme bang qui la fit sursauter. Elle regarda immédiatement droit devant elle, pour voir une porte s’ouvrir à la volée, avant de se venger en se refermant violemment sur son assaillant, qui, encore une fois, la balança loin de lui. Soudain, les yeux de Keira s’ouvrirent en grand lorsqu’elle reconnue l’homme à l’origine de cette partie de tennis revisitée. Il paraissait épris d’une colère profonde et destructrice.

    - Marýn de mes burnes… Je t’en foutrais des flux d’immigrants moi. Blabla la violence dans les quartiers, et mon cul sur la commode. Vieille pimbêche bourgeoise de mes deux…

    Keira resta immobile, à quelques pas de Nikola, toujours bouche bée face à ce spectacle.

    - Wow. Ton cul sur la commode, on en est là. Qu’est-ce qu’il t’arrive, t’es allé lire ses derniers tweet pour passer le temps ?

    Keira fronça alors les sourcils. Elle venait de voir passer, dans l’encadrement de la porte, une silhouette équipée d’un casque à micro et d’un talkie-walkie. Doucement, la jeune femme leva ensuite les yeux pour mieux observer le bâtiment duquel était sorti Nikola ; au calme, sans fenêtre. Et enfin, elle remarqua un peu plus loin dans l’allée, un gros van noir devant lequel étaient plantés deux hommes plutôt épais, en costume noir.

    - Me dis pas que… qu’elle est là dedans ? Demanda Keira en pointant du doigt le bâtiment. Mais, et toi… Attend…

    Prise d’une incompréhension qu’elle voulait à tout prix éliminer, Keira attrapa son téléphone dans sa poche arrière, ouvrit Google et tapa…

    - Nikola Lokinjörd...

    La bouche grande ouverte, Keira tenta d’assimiler le choc de cette découverte. Nikola, célèbre ?
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MessageSujet: Re: Sale journée ▬ Nikola & Keira Dim 3 Déc - 2:49



    - « Wow. Ton cul sur la commode, on en est là. Qu’est-ce qu’il t’arrive, t’es allé lire ses derniers tweets pour passer le temps ? Me dis pas que… qu’elle est là dedans ? »  

    - « Keira. » Dit simplement Nikola, trop énervé pour s’embarrasser d’une quelconque formule de politesse. « Elle est là-dedans, oui. Et crois-moi qu’elle est en forme. Elle est vraiment dangereuse. Je suis pour la liberté d’expression, mais là c’est trop. Je ne comprends pas qu’en 2017 on puisse tenir encore ce genre de discours. Elle est d’une dangerosité monstrueuse. »

    Nikola marqua une pause dans son flux de paroles, le temps pour lui d’inspirer une précieuse bouffée de cigarette, et pour Keira de sortir son téléphone de sa poche. Elle ne comprenait visiblement pas pourquoi il était sorti du bâtiment de cette grande chaîne nationale, et entreprit de taper son nom sur un moteur de recherche. Elle allait sûrement tomber sur sa page Wikipédia, peut-être allait-elle faire le lien de paternité avec son père, si tant est qu’elle le connaissait, n’était pas native d’ici. Sûrement des vidéos de ses chroniques à la télévision. Et quelques sites people qui colportaient des ragots ou véhiculaient des informations sur sa nature provocatrice.

    - « Tu trouves des informations intéressantes ? »

    Lança-t-il pour détourner le sujet, essayant de se calmer. Sa main le lançait, mais il n’avait pas envie de retourner à l’intérieur pour la passer sous l’eau et se faire un pansement de fortune. Plutôt attraper le sida par cette blessure que de remettre les pieds dans ce bâtiment qui abritait temporairement le Diable en personne.
    Il examina Keira. Elle était chargée de matériel, un appareil photo et un trépied. Tout cela avait l’air encombrant.

    - « Tu as besoin d’être déposée quelque part ? Ça a l’air lourd. Je suis garé à-côté. Ou même boire un café, je crois que j’ai besoin de me calmer. »

    Il envoya valser son mégot entre son pouce et son index contre le mur du bâtiment, bien trop sous l’emprise de l’adrénaline pour faire un geste écologique comme il avait pourtant l’habitude de le faire et toujours chercher des poubelles pour ces petits bouts de filtres puants.

    Keira et lui ne s’étaient pas revus depuis la soirée au bar. Ils avaient bus ensemble, un peu trop d’ailleurs, et s’étaient laissés émerveiller par les aurores boréales. Puis ils étaient rentrés, chacun de leur côté, sans s’échanger leurs numéros. Ils s’étaient dit que le destin les ferait se recroiser, si c’est ce qui était programmé pour eux. Et visiblement ça n’avait pas raté, c’était il y a trois jours et aujourd’hui ils étaient là l’un devant l’autre, lui venant de faire de la boxe avec une porte, fou de rage, et elle, radieuse et rayonnante. Elle passait visiblement une meilleure journée que lui. S’il s’était attendu à ce traquenard en se levant ce matin… Rares étaient les fois où quelqu’un pouvait le faire sortir de ses gonds, car c’était son métier d’être cynique, ironique, provocateur et insupportable, et donc de savoir gérer et maîtriser ce même comportement de la part des autres. Mais là l’inhumanité de cette femme était à vomir. On ne pouvait discuter avec elle. On ne pouvait lui faire entendre raison, lui montrer des preuves contraires à ses idéaux. Elle trouvait toujours le moyen de faire passer les gens qui n’étaient pas d’accord avec elle pour des naïfs aveugles. Et elle…

    Assez. Nikola. Ne pense plus à ça, respire, regarde Keira, regarde son calme et adopte-le. Souffle, la journée sera terminée dans quelques heures et ce ne sera bientôt plus qu’un désagréable souvenir.
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MessageSujet: Re: Sale journée ▬ Nikola & Keira Dim 3 Déc - 11:44


    Keira écoutait Nikola déverser sa haine contre cette candidate à l’élection qui l’avait visiblement fait partir en trombe du plateau, alors qu’elle assimilait au même instant la célébrité de l’homme en compagnie de qui elle avait passé toute une soirée il y a quelques jours. Ce qui était sûr, c’est qu’elle n’avait pas besoin de ses mises en garde contre cette femme. Peut-être était-elle passée à côté de Nikola Lokinjörd dans sa découverte de la culture locale, mais pas à côté de Marýn Lepenbjörg. Hurg. Ce nom la faisait frissonner. C’était bien le genre de personne contre qui elle se battait quotidiennement, à coup d’indulgence, de respect et de considération. Ses idées la révoltaient. Mais Keira ne voulait pas tomber dans la colère constante. Alors, à la place, elle redoublait d’enthousiasme et d’acceptation. Elle était bien décidée à trouver le bon et la joie chez tout le monde, pour le faire ressortir. Bisounours ? Et alors. Est-ce que broyer du noir toute la journée et rejeter ses semblables est une meilleure alternative ? Oh, non. C’est contre-productif. Alors les désespérés qui se complaisent dans leur haine du monde et se moquent de son côté bisounours, elle les emmerdait. Hm. Non. En fait, non. Elle les aimait. Et oui. Ils ne la contamineront jamais.

    - Toute une soirée avec une inconnue, et pas une seule fois tu mentionnes ça, dit-elle en montrant les centaines de résultats à son propre nom sur internet, je dois dire que je suis plutôt impressionnée. Tu gagne 10 points d’estime, yaaaaaay !

    Keira ne put s’empêcher d'accompagner ses mots d’un petit mouvement de bras encourageant à la joie et la victoire. Même si, de toute évidence, ce n’était peut-être pas le moment…

    - Tu as besoin d’être déposée quelque part ? Ça a l’air lourd. Je suis garé à-côté. Ou même boire un café, je crois que j’ai besoin de me calmer.

    Mais Keira n’écoutait que vaguement les mots de Nikola. Elle venait de remarquer une tache écarlate sur sa main. Il avait sûrement dû se l’ouvrir en se livrant à cet inutile combat contre la pauvre porte. Mais maintenant qu’elle savait ce qui avait généré sa colère, Keira comprenait entièrement. Mais la blessure saignait, ce n’était pas bon. Et la revoilà ! Cette tendance à la protection (ou surprotection, selon les avis). Elle ne pouvait pas le laissait comme ça. Elle remarqua que la porte était encore ouverte, et il ne semblait avoir devant qu’un jeune technicien… Keira haussa mentalement les épaules. Autant tenter le coup. Alors, sans même répondre à Nikola, elle s’approcha de lui, lui mit sa sacoche d’appareil photo dans ses bras et posa son trépied à terre, en le fixant d’un air menaçant qu’elle maîtrisait bien.

    - C’est mon bébé, la prunelle de mes yeux. Abime-le et tu bouffera tes yeux au dîner.

    Elle marqua une pause de quelque seconde à la fin de sa phrase, continuant de le fixer à seulement quelques centimètres de son visage pour être sûre que le message passe, puis lança enfin un grand sourire. Elle se recula, ôta son écharpe, fit sauter un bouton de son chemisier, tenta de donner un volume félin à ses cheveux, afficha sur son visage un air confiant accompagné d’une pointe de supériorité, et avança. Elle passa la porte, et comme prévu, se fit arrêter par le technicien. Boutonneux, l’air peu rassuré, il ne semblait pas travailler là depuis longtemps. Parfait. Keira afficha alors un air profondément choqué lorsqu’il lui dit qu’elle n’était pas autorisée dans le bâtiment.

    - Are you kidding me ? À ses mots, elle lâcha un soupir condescendant, et commença à hausser une voix pleine d'impatience. Do you know who I am ? I’m Keira Falls you moron, if you don’t let me in RIGHT NOW, you’re gonna be in big trouble, trust me.

    - Euh….

    Keira profita alors de l’hésitation effrayée du technicien pour le pousser sur le côté, et entrer sur une pièce un peu plus loin, vide. Elle était remplie de matériel en toute sorte, et Keira commença ses recherches. En faisant attention à ne rien casser ou déranger, elle fouilla tous les tiroirs et étagères, jusqu’enfin... Bingo. Elle leva d’une main triomphante une bande et du sparadrap.

    - Euh, madame, euh, Falls… Je dois…

    - Désolée du dérangement, j’avais juste besoin de ça, lança la jeune anglaise en montrant sa trouvaille avec un petit sourire désolé. Ce sera notre petit secret, d’accord ?

    Keira lui lança un clin d’oeil avant de ressortir. Elle retourna auprès de Nikola et reprit son appareil photo et son trépied en le remerciant. Elle jeta un coup d’oeil derrière elle, se demandant si le technicien allait dénoncer ce terrible vol.

    - On ferait bien d’y aller, oui. Allez viens, il y a un petit café sympa pas loin d’ici ! Lança-t-elle avec un sourire bienveillant, avant de continuer dans un murmure distrait. Dommage que j’ai pas croisé cette charmante Marýn, je lui aurais bien lancé des chewing-gum dans les cheveux...

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MessageSujet: Re: Sale journée ▬ Nikola & Keira Mer 6 Déc - 23:39




    - Toute une soirée avec une inconnue, et pas une seule fois tu mentionnes ça, je dois dire que je suis plutôt impressionnée. Tu gagnes 10 points d’estime, yaaaaaay !
    - Je ne voulais pas que tu te sentes écrasée par ma notoriété, tu comprends ?

    Lança-t-il avec un clin d’œil amusé. En réalité c’était plutôt plaisant d’avoir joué le temps d’une soirée à se découvrir sans savoir réellement qui était l’autre. Ça laissait tellement plus de possibilités, d’hypothèses, de mystère. Maintenant Keira avait accès à beaucoup d’interviews et de chroniques. Du moins des chroniques de son personnage. Car il avait beau aimer son métier plus que tout et y prendre énormément de plaisir, cela restait tout de même un jeu d’incarner un connard acide.

    - C’est mon bébé, la prunelle de mes yeux. Abime-le et tu boufferas tes yeux au dîner.

    A ces mots, Keira plaqua son appareil photo dans les bras de Nikola, et déposa son trépied à ses pieds. Il lui jeta un regard interrogateur, mais elle ne s’expliqua pas. Au lieu de ça elle ébouriffa sa tignasse féline, et défit un bouton de son chemisier. Bien évidemment, Nikola ne se priva pas d’admirer le spectacle. Mais celle-ci tourna les talons et ouvrit la porte du bâtiment. Mauvaise idée, on ne rentre pas comme ça dans une grande chaîne nationale. La porte se referma sur sa silhouette qui avançait d’un pas assuré dans le couloir. Et Nikola resta là, seul comme un idiot, avec un appareil photo dans les bras. Il soupira, en se disant que décidément certaines femmes avaient des comportements incompréhensibles. Il examina alors l’appareil photo et le trépied. C’était du matériel de professionnel. En tant que réalisateur il s’y connaissait un peu en matériel audiovisuel, et il voyait bien que celui-ci, à moins d’appartenir à une personne très riche, ne semblait pas appartenir à une amatrice. Etait-elle également réalisatrice ?
    Elle sortit du bâtiment, un air triomphant sur le visage. Il la regarda sans dire un mot, tentant de comprendre ce qu’elle venait de faire. Mais elle se contenta de reprendre son matériel, et lui tendit des pansements. Elle avait donc remarqué sa blessure. Son comportement lui arracha un rire amusé.

    - On joue au docteur maintenant ?

    Dit-il en riant, avec sa provocation habituelle. Mais il s’abstenu de continuer dans les blagues graveleuses. Il était surpris de son comportement. Et était également un peu gêné. Il n’aimait pas qu’on le materne. C’était sûrement dû à un égo surdimensionné, mais il n’aimait pas être assisté. Sa blessure lui faisait mal mais il aurait très bien pu se débrouiller seul. Même s’il appréciait l’attention.

    - On ferait bien d’y aller, oui. Allez viens, il y a un petit café sympa pas loin d’ici !

    - D’accord, le parking est par-là !

    - Dommage que j’ai pas croisé cette charmante Marýn, je lui aurais bien lancé des chewing-gum dans les cheveux...

    - Je te trouve bien aimable avec elle. Pourquoi ne pas lui balancer des parpaings dans les cheveux plutôt ? Peut-être que ça remettrait son cerveau en place.

    Il dit cela avec un sourire, mais dans le fond il était sérieux. Cette femme était un grand danger pour les humains. La violence et la haine dans un corps. Dénuée d’humanité. Il n’arrivait pas à comprendre ce qui avait pu l’amener à penser comme cela. C’était au-dessus de lui.

    Tentant de ne plus penser à cette femme, il préféra se concentrer sur celle qui marchait à ses côtés. Il la questionna sur son métier, tandis qu’il lui ouvrait la portière comme un gentleman. Il voulait en apprendre plus sur elle. D’autant plus que c’était intéressant s’ils se trouvaient des points en commun dans le monde de l’audiovisuel ou du cinéma, ils pourraient s’échanger leurs points de vue sur leurs collègues du métier.

    Il l’écouta alors parler, tout en conduisant. Il était soulagé de s’éloigner de ce bâtiment pollué par la présence du Diable.
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MessageSujet: Re: Sale journée ▬ Nikola & Keira Ven 8 Déc - 15:08


    - On joue au docteur ?
    - Tu veux passer sur ma table d’opération ? Interrogea Keira, qui rentrait dans son jeu avec un haussement de sourcils plein de perversité.

    La jeune femme se mit à rigoler, puis s’avança joyeusement en direction du parking. Nikola évoquait l’approche personnelle à coup de parpaings qu’il aurait adopté concernant la femme politique, et la violence de ses mots fit rire la jeune femme. Elle préféra cependant ne pas rebondir sur ce sujet ; il avait l’air déjà bien assez énervé pour en rajouter une couche. Apparemment, il était du même avis, puisqu’en montant dans sa voiture, il changea de sujet en la questionnant sur son métier.

    - Je suis polyvalente, déclara Keira avec un haussement d’épaules. Je suis d’abord photographe, je joue aussi l’actrice de temps en temps, je fais des vidéos et des courts métrages… D’ailleurs si un jour tu as besoin d’un énième photoshoot, je suis sûre que je peux écraser tous tes photographes habituels ! Lança-t-elle, du défi plein les yeux, en sortant de sa poche une carte de visite qu’elle tendit entre ses deux doigts, dans un air parfait d’homme d’affaire à l'affût de nouveaux clients.

    La voiture s’arrêta. Ils s’étaient garés non loin d’une petite place de Vögar pleine de charme que Keira adorait. Elle attrapa son matériel, préférant le garder tout près d’elle plutôt que de le cacher dans la voiture, et mit le pied dehors. Tous deux faisaient face à son café préféré de tout Vögar, le Kaffi Mjólk. Keira lança un sourire encourageant à Nikola, puis s’avança, le pas léger, vers le café. Elle poussa la porte d’une main, pour libérer sur eux une bouffée de chaleur et d’odeurs alléchantes. Cet endroit avait le don de détendre instantanément Keira. Ses meubles de bois, ses petits fauteuils au confort absolu, ses canapés ici et là, ses petites lumière subtilement tamisées, et surtout, ses produits tous plus succulents les uns que les autres. Tous les gâteaux étaient fait maison, un paramètre non négligeable. Il régnait ici une ambiance chaleureuse, confortable, comme un énorme câlin qui vous sort d’une tempête de glace. C’était un endroit magnifique. L’endroit parfait pour calmer ses nerfs après un face à face avec le diable. Le jeune gérant du café salua d’une main l’habituée aux cheveux de feu lorsqu’elle rentra. L’anglaise salua à son tour, puis fit signe à Nikola de le suivre, et l’emmena s'asseoir à une table dans un coin de la pièce. Elle lui jetait des regards de temps en temps, essayant de décrypter ses émotions. Après tout, elle ne le connaissait pas, et ne savait donc pas comment l’aborder lorsqu’il était énervé. Et Keira, avec son énergie et sa connerie, risquait de beaucoup contraster. Il ne fallait pas qu’elle ravive actidentellement le feu de sa colère. Keira commanda un chocolat viennois au gérant, Nott, puis s’affala contre le dossier du canapé dans lequel elle était assise. Puis, d’un geste soudain, elle attrapa la bande et le sparadrap.

    - Allez, donne ta main. “Niania c’est bon j’peux le faire tout seul, lança-t-elle dans une imitation approximative de Nikola en secouant la tête, ça suffit. Fais pas le mec et laisse moi t’aider. Alleeez, c’est pour me faire plaisir !

    Elle termina par un beau sourire attendrissant et des yeux suppliants, alors que ses mains, tendues sur la table, attendaient leur patient. Nott revint apporter leur commande, et Keira se jeta sur son chocolat qu’elle avait tant attendu tout au long de la journée. Sans surprise, elle se brûla, et ria de sa propre bêtise. La jeune femme reposa sa tasse, s’avouant vaincue, puis regarda à nouveau Nikola.

    - Alors, monsieur Lokinjörd, qu’est-ce que tu fais comme genre de chroniques ?

    Elle pouvait avoir toutes les réponses en une secondes sur son téléphone, mais préféra se renseigner auprès de la source, de l’homme lui-même. La critique pouvaient en faire tout type de portraits, élogieux ou négatifs, mais Keira s’intéressait surtout à la vision que Nikola avait de son métier, et de son travail.
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MessageSujet: Re: Sale journée ▬ Nikola & Keira Dim 10 Déc - 19:35



    - Je suis polyvalente. Je suis d’abord photographe, je joue aussi l’actrice de temps en temps, je fais des vidéos et des courts métrages… D’ailleurs si un jour tu as be-soin d’un énième photoshoot, je suis sûre que je peux écraser tous tes photo-graphes habituels !


    Nikola en oublia presque de regarder la route tant il était impressionné par sa réponse. Il la regardait d’un autre œil. Elle avait énormément de talents cachés. Le fait qu’elle tourne des courts-métrages était très intéressant, le métier de réalisateur.trice était très dur, et nécessitait à la fois autorité, rigueur et imagination. Gérer les acteurs, gérer l’emploi du temps, gérer les imprévus… C’était un métier qui nécessitait d’être partout à la fois, et de garder un calme olympien. Keira lui tendit sa carte. Il enleva une main du volant et l’examina. Le papier était raffiné, l’ensemble également. L’écriture était simple, aérienne. Et il y était indiqué, en effet, toutes ses capacités. Avec son site internet. Il était curieux de savoir ce qu’elle savait faire. Peut-être qu’il y aurait un accès internet au café.

    - Je suis sûr que tu saurais me mettre en valeur sur tes portraits oui.

    Dit-il sur un ton plein de sous-entendus. Suivant les indications de Keira, il trouva une place dans une ruelle et se gara. Et suivi Keira dans un café où il n’était jamais allé. Et en entrant il comprit pourquoi. Il y régnait un grand calme. Tout était en bois, il y avait des décorations de Noël, des coussins partout. Une petite musique d’ambiance. Mais où étaient les filles mon dieu ? Nikola n’avait pas l’habitude de fréquenter des lieux à l’apparence aussi confortable, ce n’était pas son monde. Il ne se sentait pas à sa place dans un endroit aussi sage, plein de candeur. Mais il ne dit rien pour faire plaisir à Keira, et l’observait saluer le gérant du café. C’était donc une habituée. Il la suivit dans une table au fond de la pièce, et s’assit. Il avait de la frustration à l’admettre, mais cet endroit avait un côté apaisant. Sa journée qui avait si mal commencé semblait tout doucement s’évaporer dans les odeurs de chocolats chauds, de thé et de gâteaux. Et dans les crépitements délicats du feu qui brûlait près d’eux. Et dans les yeux de Keira. Arrête de regarder ses yeux Nikola.
    Sans prévenir, Keira attrapa sa main. Il crut d’abord à une approche soudaine, avant qu’elle n’ouvre la bouche :

    - Allez, donne ta main. “Niania c’est bon j’peux le faire tout seul” ça suffit. Fais pas le mec et laisse moi t’aider. Alleeez, c’est pour me faire plaisir !


    Une vague de chaleur envahit sa main qu’elle tenait dans les miennes. Il n’avait plus mal. C’était étrange et anormal. Il aimait cela tout comme il le détestait. Ce n’était pas normal. Il profita du fait qu’elle regardait ses mains faire le bandage autour de sa blessure pour détailler son visage. Elle avait l’air si paisible, tout comme la première fois qu’ils s’étaient rencontrés. Il retrouvait la candeur dans son visage, l’absence de souffrance, la bonté. Elle avait une aura de bienveillance qui flottait autour d’elle. A tel point qu’on ne s’imaginait pouvoir lui faire du mal. Comment casser une innocence sans faille ? C’était impossible.
    Nikola remercia Keira à contrecœur, se retenant une fois de plus de répéter qu’il aurait pu le faire seul.


    - Alors, monsieur Lokinjörd, qu’est-ce que tu fais comme genre de chroniques ?


    - Je ne pense pas qu’elles te plairaient. Elles tournent beaucoup autour des sujets d’actualité. Je traite des politiques, des personnalités publiques, d’événements ré-cents. Et mon rôle est d’être une grande gueule professionnelle. Mon métier est de tout casser à la masse en maniant le cynisme, l’arrogance, la rhétorique, l’ironie et la prétention comme si je tenais une plume délicate avec des mots choisis avec précision. C’est pour ça que, si tu regardes sur internet, tu pourras lire beaucoup de critiques à mon sujet. Beaucoup de personnes n’aiment pas entendre la vérité si crue. Mais j’aime énormément ce que je fais. J’écris également des romans, et j’ai réalisé un film. Et en ce moment je suis sur un scénario de mon prochain film. Peut-être que tu pourras m’inspirer.


    Il s’arrêta pour boire son chocolat chaud, pour se taire. Lui qui aimait tellement se mettre en avant, il n’avait étrangement pas envie de le faire maintenant. Il voulait l’écouter. L’entendre parler de son métier l’avait surpris, et il souhaitait en apprendre plus sur sa consœur. Elle avait eu l’air tellement passionnée en résumant son métier qu’il avait senti qu’elle voulait en parler plus en profondeur.

    - Et toi, tu as un environnement en particulier pour ton travail ? Des sujets récurrents, ou diversifiés ? Peut-être que tu peux me montrer un exemple d’une de tes réalisations sur ton téléphone, si tu as un site, comme j’ai pu voir sur ta carte.

    C’était sûrement une des premières fois qu’il s’intéressait aux loisirs et au métier d’une femme qu’il venait de rencontrer. Qu’il s’y intéressait vraiment, pas pour faire semblant de l’écouter pour ensuite la mettre dans son lit. Mais était-ce parce qu’elle avait un charisme renversant, ou parce qu’elle était réellement intéressante ? Non, c’était clairement parce qu’elle était dans le monde de l’audiovisuel tout comme lui. Il adorait rencontrer des collègues. Partager les points de vues, s’inspirer, connaître les inspirations de l’autre, confronter les idées, improviser des scénarios. Rencontrer des réalisateurs c’était rentrer dans un autre monde. Rentrer dans le monde de l’imaginaire où toutes les histoires sont possibles, où toutes les fins sont imaginables. Où tous les coups sont permis, où tous les retournements de situation peuvent être mis en place. Le cinéma est quelque chose qui apporte tellement de liberté.

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MessageSujet: Re: Sale journée ▬ Nikola & Keira Ven 15 Déc - 18:21




Tout en faisant rencontrer son chocolat chaud et ses lèvres, Keira écoutait attentivement Nikola décrire son métier. La jeune femme l’écoutait avec attention. Il avait visiblement l’air passionné par son métier, ce qui était une vision extrêmement plaisante. Le travail est trop souvent le lieu de grandes souffrances, alors voir une âme épanouie dans son labeur était un magnifique tableau aux yeux de Keira. Cependant, elle avait un souci avec l’introduction de son beau récit : “Je ne pense pas qu’elles te plairaient.” La jeune femme posa alors délicatement sa tasse sur la table en bois, et parla d’un ton détaché.

- Donc, tu t’aides d’un cynisme cru et violent pour faire entendre aux gens la réalité des choses, parce qu’ils passent souvent à côté. Tu leur fait ouvrir les yeux, et le simple fait que la critique se déchaîne sur toi montre que ça marche, bien-sûr que tu aimes ton métier ! Mais tu sais quoi ? À ses mots, Keira posa ses avant-bras sur la table et se pencha en avant pour le fixer dans les yeux, et parla d’une voix basse. Tu te trompes. Je suis gentille et joyeuse, et j’essaye de voir le positif dans toutes choses mais ne pense pas un seul instant que ce comportement m’empêche de voir les choses comme elles sont. Tu leur balances des vérités brutales dans la gueule ? Et bien moi, j’adore ça.

Sur ces mots, Keira se redressa pour s’adosser à son dossier, un petit sourire aux coins des lèvres.

- Tu as une nouvelle spectatrice baby !

Pour donner de la contenance à sa réplique, la jeune femme termina d’une traite son chocolat, qu’elle reposa brutalement sur la table à la manière d’un verre à shooter. Puis elle regarda cette tasse tristement vide. Mince. Elle aurait dû le faire durer…

- Et toi, tu as un environnement en particulier pour ton travail ? Des sujets récurrents, ou diversifiés ? Peut-être que tu peux me montrer un exemple d’une de tes réalisations sur ton téléphone, si tu as un site, comme j’ai pu voir sur ta carte.

Ses premières impressions de l’homme à femmes étaient maintenant bien loin. Nikola semblait au contraire être sincèrement intéressé par ce qu’elle pouvait avoir à raconter ou à montrer. Ou alors, c’est juste qu’il la trouvait trop moche pour lui. À cette pensée, Keira dû dissimuler un rire surgissant. La jeune femme plongea alors sa main dans sa sacoche et sortit son appareil photo.

- Techniquement je n’ai pas le droit de te montrer ça, alors chut, tu n’as rien vu !

Keira se leva et contourna la table pour venir s’assoir à côté de l’islandais. Allumant son appareil, elle lui montra quelques-uns des rush prit un peu plus tôt dans la journée. En faisant attention de ne pas trop en dévoiler, elle montra quelques plans intéressants qu’elle avait filmé.

- C’est un jour métrage que je co-réalise en ce moment. Bien sûr, ce que tu vois là n’as pas encore été travaillé en post-prod, mais ça te fait un petit apperçu, niveau vidéo. Mais je réalise beaucoup de styles différents, je m’intéresse un peu à tout. Je fini souvent par faire des vidéos humoristiques, pour m’amuser, mais j’aime aussi les fictions plus… Dramatiques et sensorielles. Il en va de même pour la photo ! Quant au reste, et bien.. Si j’en crois les retours je suis apparemment une bonne actrice, mais je n’ai pas encore percé dans le game ! J’attend juste que tu m’engages dans ton prochain film, lança-t-elle avec un haussement de sourcils rieur.

Keira éteignit son appareil. Il ne fallait pas qu’elle en montre trop avant d’avoir publié le court-métrage. La jeune femme lâcha un petit rire embarrassé. Elle avait toujours beaucoup de mal à donner une bonne description de son travail. Il était un peu à son image ; fou, imprévisible, partant parfois dans tout les sens, très passionné, très sensoriel. Un lieu où la logique balbutie et le coeur est roi.

- J’en fais une très mauvaise description. Mais, oui, j’ai différents sites qui sauront mieux t’éclairer sur ce que je fais !
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MessageSujet: Re: Sale journée ▬ Nikola & Keira Ven 15 Déc - 23:53





    - Donc, tu t’aides d’un cynisme cru et violent pour faire entendre aux gens la réalité des choses, parce qu’ils passent souvent à côté. Tu leur fait ouvrir les yeux, et le simple fait que la critique se déchaîne sur toi montre que ça marche, bien-sûr que tu aimes ton métier ! Mais tu sais quoi ? Tu te trompes. Je suis gentille et joyeuse, et j’essaye de voir le positif dans toutes choses mais ne pense pas un seul instant que ce comportement m’empêche de voir les choses comme elles sont. Tu leur balances des vérités brutales dans la gueule ? Et bien moi, j’adore ça. - Ravi d’apprendre que je te plais. Dit-il, provocateur, avant de reprendre son sérieux. Ce n’est pas la majorité de mon travail non plus. J’ai le cynisme et la rhétorique dure, mais j’ai également un humour destiné à faire rire à gorge déployée, pas à rire jaune. Je ne veux pas être l’homme aigri du monde dans lequel on vit. Je veux être celui qui s’en amuse mais qui aussi pointe du doigt ses incohérences, tout en faisant passer le morceau avec une cuillerée d’ironie. Mais j’apprécie ton commentaire. C’est vrai qu’être critiqué montre qu’on retient l’attention, et c’est un point essentiel de mon travail. Sans scandales, ce ne serait plus du Lokinjörd. Du moins, de mon travail de chroniqueur. Mon travail de réalisateur et acteur est radicalement différent, c’est un autre personnage.Il aurait pu continuer à parler pour expliquer en quoi son travail de réalisateur consistait, et surtout quels genres de films il tournait, mais il ne souhaitait pas parler de trop. Il ne voulait pas paraître snob. Bien que « snob » à l’origine voulait dire simplement « sans noblesse ». Donc des gens qui veulent être au-dessus de leurs conditions, mais il ne pensait pas que ce soit criminel d’être un peu ambitieux ou de connaître des choses avant les autres. Ce n’est pas tellement être « tête à claque », c’est surtout être plus curieux que la moyenne. Mais étant donné que peu faisaient la différence entre cette nuance, il ne s’aventura pas là-dedans. Si elle était curieuse, il lui expliquerait. Pour le moment, il voulait l’écouter. Il était curieux de savoir s’ils avaient des points professionnels en commun. Et c’était exceptionnel pour lui de rencontrer une jeune femme séduisante qui misait avant tout sur son intellect plutôt que sur sa poitrine refaite, poitrines dans lesquelles il avait l’habitude de passer ses nuits depuis qu’il avait l’âge d’être un connard. Juste pour se vider la tête le temps d’une nuit.- Techniquement je n’ai pas le droit de te montrer ça, alors chut, tu n’as rien vu !Keira contourna la table et s’asseyait tout près de lui. Son visage à quelques centimètres du sien. Elle avait le regard fixé sur son appareil photo, tandis que Nikola avait du mal à s’arracher des lèvres de Keira afin de regarder ce qu’elle souhaitait lui montrer. Son parfum fruité qu’il pouvait sentir tant elle était proche était enivrant. Mais détacher son regard pour admirer son travail valait le coup. Il était étonné de la qualité de celui-ci. C’était un court-métrage pré-prod, donc pas parfait, mais au niveau scénaristique et jeu d’acteur c’était déjà très impressionnant. Elle lui expliquait que dans son travail de réalisatrice elle exploitait beaucoup de styles et mondes différents, tout comme lui. Des vidéos humoristiques, des fictions plus dramatiques et sensorielles. Ce dernier point l’intriguait. Mais à peine eu-t’il le temps de répondre qu’elle enchaîna, en se décrédibilisant. Visiblement elle manquait de confiance en elle.- J’en fais une très mauvaise description. Mais, oui, j’ai différents sites qui sauront mieux t’éclairer sur ce que je fais !- Ton travail est très impressionnant. Honnêtement je ne m’attendais pas à cette qualité. Il faut dire que l’audiovisuel et le cinéma n’est pas très développé à Vögar, il faut aller à la Capitale pour espérer croiser des collègues acteurs ou réalisateurs. Tu es la première personne que je rencontre ici qui en fait son métier. Et je serais très curieux de savoir ce que tu entends par des fictions plus dramatiques en sensorielles. C’est justement le thème de mon prochain film. Alors si tu veux tu peux passer un casting ! dit-il avec un rire En revanche en photo je n’y connais rien, mais vu la qualité de tes courts-métrages je ne doute pas qu’elle en va de même pour ce domaine.Il se mordit la lèvre inférieure en prononçant cette dernière phrase. Ce n’était pas de la drague, c’était un compliment sincère. Qu’est-ce que tu fais Nikola ? Reprends-toi, tu n’es plus toi. Il tourna la tête pour l’observer, et il remarqua qu’elle n’avait pas encore regagné sa place. Elle restait assise près de lui, au lieu de regagner son siège à l’autre bout de la table. Il sourit intérieurement. Le serveur du café vint les voir à leur table, ayant vu que leurs tasses étaient vides. Il leur demanda s’ils souhaitaient quelque chose d’autre. Vu l’allure à laquelle ils avaient terminé leurs chocolats chauds comme si c’était un concours de shooters, c’était volontiers. D’ailleurs en parlant d’alcool…- Je vais prendre un Irish Coffee s’il vous plaît. Et pour Madame… Il interrogea Keira du regard. Ce sera un deuxième Irish également.Le serveur s’éloigna. Keira étant toujours assise à-côté de lui, il approcha son visage près d’elle, et reprit son ton provocateur favori, rempli de connotations volontairement mises là dans une phrase qui étaient à l’origine innocentes. - On voulait se réchauffer, voilà quelque chose de bien plus efficace.Il avait été bien trop calme jusqu’ici, et changer de personnalité pour devenir quelqu’un qu’il ne se connaissait pas, à base de compliments sincères envers une inconnue qu’il n’avait jamais pensé revoir un jour.


Dernière édition par Nikola S. Lokinjörd le Mer 31 Jan - 17:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sale journée ▬ Nikola & Keira Mer 27 Déc - 21:41





- Ton travail est très impressionnant. Honnêtement je ne m’attendais pas à cette qualité. Il faut dire que l’audiovisuel et le cinéma n’est pas très développé à Vögar, il faut aller à la Capitale pour espérer croiser des collègues acteurs ou réalisateurs. Tu es la première personne que je rencontre ici qui en fait son métier.

Keira sourit. Recevoir ce compliment, surtout de la part de quelqu’un qui visiblement s’y connaissait, était un grand honneur et lui apporta une belle dose de joie réchauffante. Il fallait dire que les similarités entre leurs métiers respectifs étaient une coïncidence des plus surprenante. Alors, un doux sourire habillant ses lèvres, Keira remercia l’islandais. Puis, après une seconde de réflexion, elle continua d’un air perplexe.

- Quoi que… “Je ne m’attendais pas à cette qualité”, c’est peut-être pas un si beau compliment que ça. Mais bon, continua-t-elle avec un haussement d’épaules, je vais faire comme si j’étais ravie, si je veux pouvoir t’épouser pour te tuer et récupérer l’argent de ta célébrité.

Pour ponctuer cette déclaration, Keira tourna vers Nikola un visage rayonnant d’un beau sourire et de yeux papillonnants. L’anglaise rangea alors soigneusement son appareil dans sa sacoche, avant de poser ses deux avant-bras sur la table. En pivotant la tête vers Nikola, elle s’empressa de poursuivre avant qu’il n’ait le temps de répondre à sa connerie.

- Alors, quand est-ce que tu vas me parler de ce film que tu prépares ? Demanda-t-elle avec un sourire.

Nikola n’avait pas beaucoup développé ce point, et Keira avait hâte d’en savoir plus. Il n’avait pas tort, il était rare de rencontrer quelqu’un dans l’audiovisuel ici, et encore plus rare de rencontrer quelqu’un de déjà célèbre avec de grands projets tels des longs-métrages. Keira n’avait pas encore admiré le travail de Nikola - chose qu’elle ferait directement en rentrant chez elle - mais il semblait intelligent, alors ses espérances étaient plutôt bonnes. Elle avait très envie de le découvrir un peu plus à travers son travail et ses oeuvres. Il était apparemment radicalement différent sur ces chroniques et son travail dans le cinéma, ce devrait être très intéressant de constater ces différents aspects. Nikola restait difficile à cerner, mais peut-être que ses oeuvres seraient d’une grande aide dans le déchiffrement de cet être étrange.

Alors que leur deux tasses étaient tristement asséchées, Nott le serveur vint leur proposer de commander de nouveaux breuvages. Avant que Keira n’ait pu réfléchir, Nikola proposa deux Irish Coffees que la jeune femme accepta avec un sourire. Voilà une tournure intéressante. L’après-midi s’achevait, et l’Islande était toujours aussi froide. Alors oui, l’alcool était en fin de compte un choix judicieux.

- On voulait se réchauffer, voilà quelque chose de bien plus efficace, lança Nikola en rapprochant son visage du sien.

Tiens tiens, revoilà le Nikola originel, le Nikola du bar qui avait semblé prendre un grand plaisir à ce jeu de provocation aux répliques cinglantes. Déformation professionnelle ou réelle personnalité, Keira se posait la question. Les yeux de la jeune femme perçaient le regard de l’homme assis si près d’elle, essayant de scruter son âme alors que ses lèvres affichaient un sourire amusé. C’était peut-être trop de sérieux d’un coup, et l’autre Nikola revenait à la charge. Ce comportement l’amusait d’autant plus qu’elle l’utilisait souvent. Même si, dans son cas, elle diluait le sérieux avec de la bêtise absurde plutôt que de la provocation tendancieuse. Mais après tout, chacun son style !

- Ou peut-être que tu as juste trop mal à la main et tu veux noyer la douleur dans l’alcool tel l’homme que tu es ! Répliqua Keira avec un sourire.

Les deux beaux Irish Coffees arrivèrent alors sous leurs nez alléchés. Keira attrapa le sien d’une main en le levant devant leur visages, en lança à Nikola un regard débordant de défi.

- À notre future collaboration !
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MessageSujet: Re: Sale journée ▬ Nikola & Keira Sam 20 Jan - 12:11




- Quoi que… “Je ne m’attendais pas à cette qualité”, c’est peut-être pas un si beau compliment que ça. Mais bon je vais faire comme si j’étais ravie, si je veux pouvoir t’épouser pour te tuer et récupérer l’argent de ta célébrité.

Nikola eu un petit rire.

- Mes conquêtes sont triées sur le volet, tu crois pouvoir être à la hauteur ?

Lança-t’il avec un air de défi. La provocation était décidément son jeu préféré. Tâter le terrain, trouver les limites, effleurer l’égo avec une légèreté suffisante pour donner envie de répliquer sans s’énerver, tout en laissant à l’autre le doute quant à l’incitation à la riposte. Cela l’amusait, et lui permettait également de jauger son interlocuteur. S’il savait faire preuve de suffisamment de second degré pour riposter sans s’énerver, en laissant parler l’égo blessé, c’est que le jeu en valait la chandelle et qu’il y avait matière à s’amuser avec ce second degré.

- Alors, quand est-ce que tu vas me parler de ce film que tu prépares ?

- C’est une espèce de comédie avec un fond très sérieux et dramatique. Pour te donner un contexte, on a deux personnages principaux. Des meilleurs amis. Elís et Isak. Isak réveille son meilleur ami par un coup de fil à trois heures du matin, en expliquant que sa voiture est tombée en panne à une heure de Reykjavik et qu’il a besoin de lui pour l’aider. Au début réticent, la femme d’Elís le pousse à aller le secourir, en lui rappelant leur amitié de longue date. Sauf qu’arrivé sur place, exténué après une heure de route, et travaillant le lendemain, il se rend compte de la supercherie. Pas de panne, mais du champagne. Des amis. Et une fête improvisée. Isak lui a fait un test de l’amitié. Nikola marqua une pause pour avaler une gorgée de son verre pour se donner une contenance, se rendant compte qu’il avait parlé avec beaucoup de passion de son futur film. Et c’est là que le côté sérieux et dramatique du film intervient. Au-delà de l’aspect comique de la fête, des amis et de la supercherie, on a une question très sérieuse qui intervient. Une question qui fait froid dans le dos quand on y réfléchit bien. Et si une amitié, une existence entière, ne dépendant que d’une seule question : Tu te serais levée, toi, pour aller dépanner un ami à 3h du matin ?

Ce film lui tenait énormément à cœur. Il aimait les comédies qui faisaient réfléchir, se poser des questions. Et le thème de l’amitié lui semblait parfait pour ça. Elle qui était à la fois si forte et si fragile, si complexe à comprendre. Tu te serais levé, toi, pour aller dépanner un ami à 3h du matin ? Dans la théorie on a envie de répondre oui. Evidemment. On ne laisse pas un ami dans la galère. Mais quand ce coup de fil arrive réellement, à trois heures du matin, est-ce que beaucoup de personnes le feraient ? Est-ce que l’égoïsme prendrait le dessus sur des années d’amitié ? Est-ce qu’il y a des limites à l’amitié, et si oui, où sont-elles ? Comment les règles sont-elles construites ? Comment faire pour que les valeurs soient réciproques ? Comment jauger l’amitié, savoir si elle est équivalente des deux côtés ? Est-elle constante, linéaire ? Ou joue-t-elle aux montagnes russes ?

Il n’avait pas encore trouvé de fin à son film, tant ces questions le travaillaient. Il ne savait pas comment terminer cette histoire. Avec une fin heureuse, pour faire plaisir au public ? Avec une fin dramatique, à en dégoûter de l’égoïsme de l’espèce humaine ? Ou bien avec une fin bien plus complexe, qui mélangerait les deux. Laissant peut-être le doute sur la fin réelle de l’histoire. Il lui fallait encore un peu de temps pour y réfléchir. Et des discussions. Il était seul à écrire le film, mais il aimait en discuter avec son entourage, récolter des points de vues, des avis et des témoignages sur l’amitié susceptibles de l’inspirer. Il était curieux de savoir celui de Keira, elle qui semblait toujours d’un tempérament très optimiste.

- À notre future collaboration !

- Si tu peux m’apporter ton point de vue sur la suite de cette histoire, c'est envisageable !

Dit-il d’un ton très sérieux, avec un sourire en coin, la provocation reprenant le dessus. Mais il était réellement sérieux. Il travaillait avec la même équipe depuis longtemps, et n’aurait pas été contre un peu de renouveau. Un avis nouveau, de quelqu’un qui ne le laisserait pas marcher sur les pieds, qui saurait affirmer sa position et son point de vue. Et le caractère de Keira semblait coller.
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MessageSujet: Re: Sale journée ▬ Nikola & Keira Jeu 22 Mar - 0:40







    - Mes conquêtes sont triées sur le volet, tu crois pouvoir être à la hauteur ? Demanda un Nikola dont les yeux brûlait de défi.

    - Oh, Nikola… You can’t begin to imagine what I’m capable of. Lança Keira en fixant son interlocuteur avec un sourcil relevé, rieur et à la fois très sérieux. La jeune femme marqua une pause en buvant une gorgée de son brûlant breuvage, l’air détaché, puis ajouta, c’est plutôt toi qui risque d’être à la traîne.

    Keira ne connaissait pas beaucoup de personnes comme Nikola. Il avait cette différence, cette sorte de masque si collé à son visage qu’on se saurait dire où l’homme commençait et où le personnage s’arrêtait. Parler à Nikola était comme une nouvelle expérience, inattendue, d’une étrangeté déroutante. Mais, aussi troublée que Keira pouvait l’être, elle était avant tout curieuse de connaître cet Islandais, de le comprendre, et d’échanger avec lui. Chaque personne a son lot de savoirs, d’émotions et d’expérience à apporter à autrui. Et la jeune anglaise avait hâte de voir ce que Nikola lui réservait.

    Après des sourires amusés, Nikola entrepris le récit de son futur film. Et ainsi, comme par magie, le visage de l’homme provocateur se transforma. Il était maintenant dans son monde, passionné par ce qu’il racontait, et même ses gestes étaient plus grands. Ce film devait vraiment lui tenir à coeur. C’était une belle vision, qui faisait sourire Keira. La jeune femme l’écouta avec attention, elle aussi passionnée par son récit. Son idée était très bonne, et faisait hocher la tête rousse de l’anglaise. Une fois son discours terminé, Nikola semblait si loin de ce petit café, dans ses pensées fusionnantes et créatrices. Puis il rapporta son attention sur Keira. Visiblement, il attendait une réaction, un avis.

    - Man, si tu me réveille à 3h du mat’ pour un simple problème de voiture, je me lève ouais, mais c’est pour te péter les doigts ! Lança-t-elle en hochant vivement la tête, avant de re-boire une gorgée. C’est donc une sorte de huis-clos, finalement. J’aime beaucoup l’idée. Et tu risques pas de trop faire péter le budget, c’est une bonne chose, déclara la jeune femme en levant un doigt. Ça va être intéressant de voir évoluer tout au long du film le ton des dialogues, l’ambiance générale. De voir les interactions, les engueulades… T’as intérêt à trouver un casting de fou ! Mais, ouais, bon projet Lokinjörd ! Je serais dans les salles.

    Keira leva son verre en souriant, trinquant à ce beau projet, avant de terminer le reste d’Irish Coffee que contenait sa choppe. Alors, elle la reposa avec une grande lenteur sur la table, la regardant comme si tout ses rêves s’étaient échappés loin, très loin, en l’espace d’une seconde. Doucement, elle remonta des yeux détruits et fixa dans le vide la fenêtre, d’un air profondément dramatique.

    - Les bonnes choses sont toujours les premières à partir…

    Puis, retrouvant instantanément son air normal, Keira lança un signe au gérant du café : deux doigts en l’air, elle mimait exagérément le mot “bière” sur ses lèvres. La jeune femme reporta ensuite son attention sur Nikola comme si de rien n’était. Il lui prenait souvent des pulsions stupides comme celle-là. Jouer un personnage, s’amuser à dramatiser, ou au contraire à tout tourner en dérision… Elle ne pouvait s’en empêcher. Souvent, on l’avait trouvée bizarre, dérangée, pas “normale”... Mais Keira se fichait éperdument de ce genre de réactions. Elle avait appris depuis bien longtemps que se censurer ne pouvait mener qu’à une vie grise, morne, comme celle que vivent beaucoup trop de gens. Enfin, “vivre”... Ce mot était beaucoup trop beau pour une existence telles que celles-là. Mais elle, elle vivait. Tous les jours. Et c’était merveilleux.

    Nott, le gérant, arriva vers eux en posant sur la table deux pintes de sa meilleure et merveilleuse bière. Nikola lança un regard à Keira qui haussa les épaules avant de déclarer :

    - Quoi ? C’est bon, c’est l'apéro maintenant !

    Et à ces mots, elle leva son verre pour inaugurer celui-ci d’une subtile gorgée. Cette bière islandaise était décidément divine. En reposant son verre sur la table, Keira regarda Nikola l’air pensif.

    - Si tu attends de moi de répondre à cette question, est-ce que je me serais levée, je ne sais pas si je pourrais t’apporter de réponse. Toujours sur la confortable banquette à côté de l’homme, Keira s’enfonça contre le dossier en regardant son verre. Il y a trop de variables. Si tu m’appelles pour te dépanner de la weed, va te faire foutre ! Si tu m’appelles parce que tu es en plein milieu d’un mental breakdown, j’accours. C’est une question qui apporte trop de réponses, ou aucune…

    Keira marqua une pause, hochant subtilement la tête. Puis, un mince sourire aux lèvres, elle releva son visage pour regarder Nikola.

    - Et c’est pour ça que ce sera un très bon film.

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Sale journée ▬ Nikola & Keira

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