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Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. »

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MessageSujet: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Dim 12 Nov - 23:53

Nikola S. Lokinjörd & Keira Falls



« - Tu bois depuis quelle heure ?
- Depuis toujours. »






Vögar by night.

Nikola était au bar avec son meilleur ami. Entre eux, c’était de la télépathie. De la complicité. Un frère d’une autre mère. Ils pouvaient tout se dire en un mouvement de sourcil. Quand ils étaient ensemble, ils étaient encore plus insupportables que séparément. Ils buvaient, riaient, se moquaient, critiquaient, séduisaient. Mais surtout ils parlaient. De tout. De politique, d’avenir, d’art. Mais ce soir ils parlaient de femmes.

- « Tu as rappelé cette fille, au fait ? » Demanda Swenn, son meilleur ami.
- « Non, elle était trop gentille. »
- « Tu n’es pas croyable. »

Le sujet s’arrêta là, mais Swenn savait très bien ce que cette réponse signifiait. Nikola était un séducteur. Il a couché avec elle, avec elle, et puis encore elle. Mais il s’en fichait. Il a déjà dit « Je t’aime », mais en réalité il ne connaissait pas ces mots. Il ne savait pas ce que c’était. Il disait « Je t’aime » et se parait dans des nuits noires qui en devenaient blanches d’insomnies. Il aurait voulu être comme ces couples heureux et niais, mais il ne savait pas aimer. Il savait seulement s’émerveiller. Puis s’ennuyer. Il avait essayé, mais pour lui c’était comme lire un livre : on le lit du début à la fin, on apprécie la lecture, on repose le livre, on le reprend, on le relit pour le plaisir, mais une fois qu’on en a fait le tour et qu’on connaît par cœur le chapitre suivant on perd l’envie de le relire. Alors pour éviter de devenir une machine à détruire, il ne rappelait ses conquêtes que pendant ses nuits de solitude.
Il n’était pas un monstre, il ne faisait pas souffrir volontairement. Il était simplement incapable d’aimer. Alors il buvait. Avec Swenn il s’amusait à dévisager des gens dans le bar, jusqu’à ce que ceux-là baissent les yeux. A lancer des sourires à des inconnues. Ensemble, ils étaient des enfants.

Il avait remarqué une fille aux cheveux de feu, qui venait d’entrer dans le bar. Un regard vers son meilleur ami, et il comprit que Nikola la trouvait attirante. Comment ne pas la trouver belle, de toute façon ? Elle avait l’air essoufflée, les joues rosées, des mèches rousses rebelles qui tombaient sur son visage, des yeux d’une douceur chaleureuse. Elle avait un air innocent, presque enfantin. Elle était vraiment belle. Une bombe, une hécatombe. Mais il n’était pas ici pour ça, alors il fit signe au barman et commanda un unième verre.

- « Tu sais Nicolas, je pense que tu cherches l’amour, derrière tes airs de séducteur solitaire. Tu agis comme si personne ne méritait de t’accompagner, ou comme si tu ne méritais pas d’être accompagné, mais dans le fond je sais que partager ta vie avec quelqu’un te donne envie. »
-  « Tu as trop bu. Barman, un autre Gin s’il vous plaît ! »

Répondit-il, en lui resservant un verre en riant. Swenn avait tendance à essayer de l’analyser quand ils buvaient, ce qui n’avait pour effet que de le renfermer encore plus derrière des sourires et des blagues. Il profita du fait que son meilleur ami aille se vider la vessie pour aller fumer une cigarette devant le bar. Il commençait à pleuvoir, alors il redressa le col de son manteau noir en frissonnant. Vögar by night. Du coin de l’œil il aperçut une silhouette à quelques mètres de lui, mais saoul il n’avait ni les capacités ni la curiosité d’en distinguer le visage. Alors il alluma sa cigarette et entreprit de faire quelques ronds de fumée. Minuit trente-huit. La nuit ne faisait que commencer. Ils allaient sûrement terminer en boîte de nuit ou dans l’appartement d’un ami. Ils aimaient improviser leurs soirées. Tout l’intérêt d’une soirée était là, non ? Ne pas savoir de quoi seraient faites les prochaines heures, les prochaines rencontres. Peut-être qu’il ne rentrerait pas seul ce soir. Ou peut-être que si. Quoi qu’il en soit, il se réveillera demain avec une grande gueule de bois et la bouche pâteuse.
L’alcool rendait sa vue trouble, et ses mouvements incertains. A tel point qu’il écrasa sa cigarette complètement à côté du cendrier, la regarda sans avoir le courage de la ramasser, puis retourna à l’intérieur du bar retrouver son ami. Suivi de la silhouette qui avait elle aussi terminé ce qu’elle avait à faire, fumer une cigarette ou passer un appel.

Les Rolling Stones résonnaient dans la pièce. Nikola aimait ce bar. Il aimait l’ambiance rock des années 80 qui y régnait toujours. L’ambiance old school. Du rock sale, saturé, qui donnait envie de se retourner la tête comme s’il n’existait pas de lendemain. Il se rassit à-côté de son ami au comptoir, enleva son manteau, releva les manches de sa chemise, et l’écouta raconter ses aventures en riant.

Puis quelque chose lui effleura l’avant-bras. Il se retourna, et vit la jolie rousse accoudée au comptoir essayant d’attirer l’attention du barman. Son visage était à quelques centimètres du sien tellement il y avait du monde, et il pouvait sentir son parfum fruité. Il entendait son meilleur ami continuer son histoire, mais n’écoutait plus. Il était captivé par ces yeux marrons et enfantins. De grands yeux clairs comme s’ils n’avaient jamais connu la souffrance et la douleur.


Dernière édition par Nikola S. Lokinjörd le Sam 18 Nov - 15:27, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Lun 13 Nov - 0:02


Déboulant dans son salon, sa veste à moitié mise qui pendait derrière elle, Keira effectua un dérapage maîtrisé pour ensuite aller augmenter le son de sa chaîne. Cette chanson la faisait à chaque fois déborder de joie et d’énergie. D’un geste théâtrale la jeune femme jeta sa veste en cuir sur son canapé et se mit à danser.

- Looking out on Coney Island, under more stars than there are prostitutes in Thailand !

Tout en chantant et dansant, Keira rassemblait ses affaires. Son téléphone entre deux coussins du canapé, son iPod sur une pile de vinyles, ses clés à côté de l’évier, son sac par terre… Décidément, il fallait qu’elle arrête de s’éparpiller. Derrière elle, le pas lent, une vieille dame au cheveux blancs noués en chignon bas entra dans le salon en regardant la jeune femme avec désespoir. Semblant estimer qu’il était inutile d’entamer la conversation maintenant, elle s’en alla aussi vite que ses vieux membres le permettaient.

- What a goooldeeen age, what a time of right and reason !

Ce soir, Keira était joyeuse. Motivée. D’humeur sociable. Elle avait envie de sympathiser avec des inconnus. Même si elle ne savait pas vraiment où se rendre, elle avait tout de même décidé de sortir. La chanson et la chorée de Keira se terminèrent alors sur une pirouette majestueuse. La jeune femme poussa un soupire de satisfaction, puis enfila sa veste en cuir - en entier cette fois - et accrocha son sac à son épaule. Elle enfila ses bottines à talon, se posta devant le miroir pour un dernier check-up, puis brancha ses écouteurs dans ses oreilles. Enfin, elle se mit en route.

Les lumières lointaines de la ville s’approchaient au rythme de la musique. Toutes ces tâches lumineuses qui se détachaient de l’obscurité apportaient à Vögar une énergie et une ambiance que la journée ne connaissait pas. Et elle adorait ça. Au bout de plusieurs minutes, Keira se rendit compte qu’elle était arrivée dans une petit ruelle pleine de charme. Elle connaissait cet endroit, mais ne s’était absolument pas rendue compte qu’elle s’y rendait. Ses yeux furent directement attirés par la petite enseigne de ce bar dans lequel elle s’était déjà rendu quelques fois. La faible lumière qui émanait des fenêtres semblait l’appeler au plus profond de son être. Avec un haussement d’épaules amusé, Keira enleva ses écouteurs.

- Destiny, se murmura-t-elle épiquement à elle même.

Alors, d’un pas enthousiaste, elle se dirigea jusqu’aux portes du bar. Elle les poussa. Avec un sourire, elle admira les meubles en vieux bois, les rideaux rouges et cette lumière parfaitement tamisée. Ce pub avait un charme incroyable. À ce moment là, la jeune femme se fit la promesse de revenir plus souvent. Elle se dirigea alors naturellement vers le bar pour commander un verre. Elle consomma son premier verre seule, accoudée au bar, à inspecter chaque personne et chaque recoin de l’endroit. Oui, c’était définitivement un bel endroit. Elle jeta un coup d’oeil à sa montre. Déjà dix minutes passées et aucun gros lourd n’était venu l’emmerder. Parfait. Avec un sourire satisfait, Keira termina son verre. Après quelques instants, elle décida de commander un autre verre avant d’aller sympathiser avec des inconnus. Se retournant face au bar, elle essaya alors d’attraper l’attention du barman. Impossible. Exaspérée, elle soupira et tourna la tête pour voir juste à côté d’elle un groupe de jeunes filles gloussantes, au rire aussi insupportable que leur décolletés étaient grands. Cette vision souleva un sourcil sur le visage de la jeune femme.

- Tricheuses.

Keira décida alors de s’éloigner d’elles. Peut être réussirait-elle à commander auprès du deuxième barman. Elle s’accouda alors à un endroit aux décolletés raisonnables, et fit signe au barman - d’ailleurs très séduisant - qu’elle désirait passer commande. Ce dernier vint alors aussitôt vers elle.

- Haaah, victoire ! S’exclama-t-elle. Je voudrais une Kasteel rouge s’il vous plaît, brave héros.

Souriante et satisfaite, Keira s’assit sur un tabouret contre le bar en attendant son verre. Puis elle sentit un regard dirigé vers elle. Elle tourna alors la tête et vit un homme juste à côté d’elle qui la regardait. Keira resta ainsi à le regarder pendant plusieurs secondes, pensant qu’il voulait lui parler. Mais il ne bougea pas.

- Oi ! S’exclama-t-elle, à moitié en riant, tandis qu’elle agitait une main devant lui. T’es cassé ?

À ses mots, elle avança doucement sa main vers son visage et toqua une fois sur son front.

- Répare le système Björn, sinon tu risques de te faire droguer sans rien remarquer.

Keira laissa échapper un rire joyeux face à son air déconcerté, puis attrapa le verre que le barman venait de lui poser sous les yeux, et dégusta sa première gorgée.
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MessageSujet: Re: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Lun 13 Nov - 0:12



« Oi ! » S’exclama la jolie rousse « T’es cassé ? Répare le système Gontrand, sinon tu risques de te faire droguer sans rien remarquer. »

Nicolas sursauta quand elle toqua sur son front. Elle était spontanée. L’ironie était présente également, car Nicolas était un grand amateur de drogues, la blanche, celle qui décape la narine et qui fait danser toute la nuit. Bien sûr que c’était mal. Bien sûr que ça le détruirait. Bien sûr que beaucoup ont très mal terminé à cause de cette drogue. Mais il était accro. Définitivement accro. Accro à la sensation de toute-puissance, accro à la fête, accro aux problèmes qui s’envolent. Jusqu’à rentrer chez soi, poser sa clope sur l’oreiller et écraser sa gueule dans le cendrier. Aller dans sa cuisine et faire un tennis avec une pomme et deux poêles. Se retrouver dans un parc à lécher la poitrine bien trop ronde d’une statue. A toutes ces situations improbables et improvisées, Nicolas y était accro. Car personne ne rit jamais autant en étant clean.

« Excuse-moi, je t’ai dévisagée ? J’étais perdu dans tes yeux. Tu as un regard étrangement attirant, je ne sais pas encore si j’aime ou pas ! »

Lança Nicolas en reprenant son attitude de connard. Se cacher derrière des répliques déstabilisantes et des compliments masqués de remarques piquantes l’amusait beaucoup. Derrière lui il entendait son meilleur ami continuer à lui parler sans qu’il ne se rende compte que Nicolas avait la tête tournée vers la jolie rousse. Il regarda autour de lui, remarquant qu’elle buvait son verre au comptoir sans commencer à se diriger vers une autre table pour rejoindre des potentiels amis, ou petit-ami.

« Tu es toute seule ? Fais attention, à ce qu’il paraît c’est dangereux de parler à des inconnus en étant seule, on ne t’a jamais dit ça ? »

Elle n’avait pas l’air d’être du genre à avoir froid aux yeux. Peut-être était-ce dû à la flamme dans ses yeux bruns qui émanait une étrange chaleur. Oh. Tu es poète ce soir dis-donc Nicolas.

« Tu m’écoutes ? » Entendit-il derrière son dos.
« Non. »

Il entendit un soupir suivi d’un rire alcoolisé, et senti son meilleur ami se lever pour aller fumer une cigarette. Il avait compris qu’il était inutile de parler à Nikola lorsqu’il avait les yeux rivés sur une fille. C’était comme ça, quand quelque chose l’attirait, il fallait qu’il la possède, au moins le temps de quelques minutes. Voler quelques instants de son temps. Découvrir le mystère de ce regard. Découvrir la personnalité derrière ce visage si charmant. Découvrir si cette jeune fille extravertie valait la peine de continuer à discuter. S’il y avait quelque chose d’excitant à découvrir dans sa personnalité. Dans certains cas lorsque ce n’était pas le cas, Nikola se contentait de l’emmener dans son lit et de la chasser au petit matin, voire même juste après l’acte quand il ne supportait plus sa présence si proche. Souvent il baisait bourré, uniquement pour retrouver l'ivresse amoureuse. Quand le cœur ne bat pas, il faut au moins avoir la tête qui tourne, comme disait son ami et écrivain Frédéric Beigbeder. Mais là salir ce visage angélique en la rabaissant au statut de coup d’un soir serait une insulte. Et de toute manière il n’avait pas rangé son appartement.


Dernière édition par Nikola S. Lokinjörd le Sam 18 Nov - 15:32, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Lun 13 Nov - 0:14




- Excuse-moi, je t’ai dévisagée ? J’étais perdu dans tes yeux. Tu as un regard étrangement attirant, je ne sais pas encore si j’aime ou pas !

- Bien-sûr que tu aimes, répliqua Keira du tac-au-tac, montrant d’un geste flatteur de la main sa propre personne, qui n’aimerai pas ?

Sur ses mots, elle se mit à rire en regardant son interlocuteur. Cet homme au regard perdu s’était transformé au moment où il avait ouvert la bouche. C’étaient maintenant de faux compliments lancés avec son sourire charmeur, loin du garçon hébété d’il y a quelques secondes. Intelligent, il l’était certainement, mais l’était-il autant qu’il semblait le croire ? La jeune femme scruta son visage d’un regard perçant, essayant de deviner quel genre d’humain était cette personne. Plusieurs profils se dressèrent dans sa tête : l’homme qui cherchait le pouvoir par la méchanceté et l’humiliation gratuite, l’homme imbu de lui-même qui pense faire tomber n’importe qui dans son filet d’un claquement de doigt, l’homme faussement désintéressé de tout et de tout le monde, l’homme calculateur qui cherche le filon à exploiter dans chacun et chaque chose, l’homme qui essaye à tout prix de cacher son grand coeur… Mais d’un mouvement de tête, Keira chassa toutes ces images de son esprit. Elle aimait faire des estimations, mais ne s’y fiait jamais entièrement. Le jugement n’était pas son truc. Elle savait très bien que personne n’était vrai aux yeux d’inconnus - et même très souvent aux yeux de proches - alors elle tâchait toujours d’aborder tout le monde d’une attitude patiente, positive, et sans jugement. Beaucoup lui reprochaient d’être trop positive, trop optimiste, mais en attendant, il ne lui arrivait même pas la moitié des emmerdes qui arrivaient à ses connaissances plus pessimistes. Alors, finalement, qui est l’idiot de l’histoire ?
La jeune femme porta à nouveau son verre à ses lèvres, arrivant bientôt à la fin de son succulent breuvage.

- Tu es toute seule ? Fais attention, à ce qu’il paraît c’est dangereux de parler à des inconnus en étant seule, on ne t’a jamais dit ça ?

Cette remarque lui haussa un sourcil, qu’un petit sourire moqueur venait subtilement accompagner. Avec l’air d’une personne s’apprêtant à une grande argumentation, Keira passa doucement la langue sur ses lèvres, posa son avant bras sur le comptoir, tout près de l’inconnu, puis se pencha doucement vers lui pour être à quelques centimètres seulement de son visage.

- Tu penses m’intimider avec tes remarques condescendantes de l’homme qui sait ? Lui demanda-t-elle en le fixant droit dans les yeux. Elle prit une petite inspiration, puis fit mine de juger son interlocuteur en le regardant de haut en bas, et repris d’une voix basse. J’ai en tête une dizaine de façons de te casser différents membres en l’espace de trois secondes, de te crever les yeux, ou de.. elle marqua une infime pause en baissant les yeux vers son entre-jambes, t’ôter toute masculinité. Alors pour répondre à ta remarque attentionnée, non, je n’ai pas peur.

Une fois son discours fini, elle se redressa en s’éloignant de lui, sans le quitter des yeux. Puis, après quelques secondes, son air sévère disparu de son visage avec un haussement d’épaule désinvolte, alors qu’elle reporta son attention sur son verre.

- Ou peut-être que je bluffe, who knows !

Elle finit d’une traite les quelques gorgées qu’il restaient dans son verre, puis regarda à nouveau le jeune homme avec un petit sourire au coin des lèvres.

- Keira Falls, lança-t-elle sans transition.
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MessageSujet: Re: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Lun 13 Nov - 1:55




- « Tu penses m’intimider avec tes remarques condescendantes de l’homme qui sait ? J’ai en tête une dizaine de façons de te casser différents membres en l’espace de trois secondes, de te crever les yeux, ou de… toute masculinité. Alors pour répondre à ta remarque attentionnée, non, je n’ai pas peur. »

Un sourire amusé se forma sur les lèvres de Nikola. Elle avait de la répartie, il aimait ça. Ils allaient pouvoir jouer. La rhétorique était un jeu bien plus amusant que la séduction menant au sexe. L’art de manier les mots et de provoquer la surprise, déstabiliser l’autre, était l’activité favorite de Nikola. C’est bien pour cela qu’il en avait fait son métier. Dans un certain sens, la mentalité des gens existe pour faire chier, alors pourquoi s’en priver ? Son visage à quelques centimètres à celui de Nikola, il rétorqua d’un ton aguicheur :

- « Princesse, à force de me regarder comme ça tu vas m’user. »

La jolie rousse détourna son regard pour terminer d’une traite la fin de son verre. Elle avait de la répartie, mais aussi une bonne descente. Quant à savoir si elle tenait l’alcool, seul l’avenir le leur dira.

- « Keira Falls »
- « Ça ne sonne pas très islandais ça. Tu es anglaise ? Ou peut-être… » Il attrapa une mèche rousse de ses cheveux roux « Irlandaise ? »

Demanda-t’il en faisant exprès de détourner la conversation de façon à ne pas se présenter à son tour. Esquiver les sujets, faire parler l’interlocuteur sans jamais rien dévoiler sur soi, c’était une technique de communication des plus amusantes. Surtout dans un bar. Les gens qui fréquentent ces endroits se sentent parfois tellement seuls qu’il est d’une facilité enfantine de leur faire parler d’eux, apprendre énormément de choses, les écouter parler des heures en enchaînant les questions, en feignant la curiosité, puis sortir de leur vie avec au final un statut d’inconnu. Repartir aussi incognito qu’on est venu. C’était d’ailleurs bien utile pour Nikola qui aimait enchaîner les conquêtes d’un soir, ça lui permettait de pouvoir continuer sa vie sans risquer qu’une fille s’attache de trop et n’arrive à le retrouver contre sa volonté, au risque d’entraver sa liberté à laquelle il tenait tant.
Il relâcha la mèche de cheveux et termina son verre à son tour. Keira avait effectivement un accent qui n’était clairement pas du coin. Une touriste de passage, une fille venue trouver du travail en Islande, une envie de fuir son pays natal et découvrir de nouveaux paysages, qui sait ?

Nikola quant à lui était né ici, en Islande. Il n’était pas natif de Vögar mais avait déménagé ici, à une quarantaine de minutes en voiture de la capitale, afin d’exercer son métier de chroniqueur, démolisseur de réputation et moqueur de constances intellectuelles dans une émission de télévision. Et de travailler sur ses livres paisiblement grâce au calme de la ville. Même si en ce moment il était plus souvent ivre qu’écrivain.

Il observa Keira. Elle abordait toujours un sourire arrogant. Ainsi qu’un débardeur en dentelles, qui ne laissait rien à l’imagination, mais qui la faisait courir. A cette vue agréable, il détourna les yeux à contre cœur et jeta un coup d’œil vers l’entrée du bar pour voir où en était son meilleur ami, afin de voir combien de temps il lui restait à voler à la jeune rousse. Il l’aperçu en charmante compagnie. Il essayait de discuter avec une blonde qui, elle, sans laisser aucun doute à la couleur de ses cheveux blonds presque blancs, semblait bien d’ici. « Essayait de discuter », car il tanguait manifestement un peu trop pour pouvoir parler avec elle verticalement sans se tenir au muret derrière lui. A cette vue il esquiva un sourire amusé, quelque peu soulagé de pouvoir se consacrer entièrement à la jeune fille, et reporta son regard sur elle.

- « Alors dis-moi, qu’est-ce que tu fais ici ? Tes cernes ne sont pas de la même longueur, c’est amusant. Tu dois avoir un travail assez éprouvant, qu’est-ce que tu fais pour gagner ta vie ? »

Encore et toujours le jeu du push and pull. « Pousser » et « tirer ». Le push est tout ce qui dans l’interaction sert à volontairement repousser l’interlocuteur, ou plus principalement l’interlocutrice. Les pulls, c’est au contraire tout ce qui a pour but de l’attirer à vous. Une bonne conversation de séduction est une conversation qui équilibre ces deux ingrédients, sachant que cet équilibre va varier selon le degré d’estime de soi de l’interlocutrice, il faut savoir s’adapter afin de ne pas provoquer de l’irritabilité. Il faut savoir alors doser entre le « push » qui consiste à avoir un comportement froid et distant, une fausse disqualification, des questions auxquelles on ne répond pas, ou de manière évasive, des répliques un peu piquantes. A l’inverse du « pull » qui consiste à avoir un comportement plus ouvert ou chaleureux à base de contacts physiques, de compliments, de questions sur la personne, de trouver tout ce qui lui donne de la valeur, ou crée du rapport et des points en communs entre vous.

Nikola utilisait naturellement cette technique (dont il avait appris les termes que bien plus tard en apprenant que cela existait déjà en réalité) car d’expérience il avait remarqué qu’il était en grande majorité plus attirant pour une femme d’être face à un homme qui sait créer la déstabilisation, prendre le contrôle, puis remettre en confiance. Mais c’est un jeu qui se fait à deux, Nikola n’aimait pas s’en servir comme de la manipulation, sans que la femme n'en ait conscience. Il en jouait, mais tout en restant clair dans son jeu. Autant il avait du mal à s’attacher aux gens qu’il rencontrait, autant il ne leur voulait pas de mal. Alors s’il fallait ramener une fille dans son lit, il s’arrangeait toujours pour que celle-ci comprenne les signaux qui disaient que ce ne serait qu’une histoire d’une nuit, au lieu qu’elle ne s’en rende compte trop tard, le lendemain matin. Et bien sûr il s’était déjà fait envoyé balader par des femmes qui ont vu clair dans son jeu et refusaient d’avoir affaire à un joueur. Mais cela lui importait peu. Il essayait de ne pas s’attacher, car à ses yeux tant qu’il n’y a pas d’attachement il n’y a pas de douleur.


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MessageSujet: Re: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Lun 13 Nov - 16:30




- Ça ne sonne pas très islandais ça. Tu es anglaise ? Ou peut-être… Irlandaise ?

Keira haussa les sourcils lorsque la main de l’inconnu vint attraper une de ses mèches de cheveux. Pendant quelques secondes, elle eut l’envie folle de lui mordre le doigt. À la place, elle se contenta simplement de fixer l’homme dans les yeux, avec toute l’intensité dont elle était capable. Son attitude l’amusait. Peut-être aimait-il séduire ses interlocuteurs en lançant de petits pics et autres remarques tranchantes, mais s’il comptait toucher une corde sensible ou frôler la limite au delà de laquelle on vexe, il était mal tombé. Keira n’était pas du genre à se vexer ou à s’énerver pour un rien. Mais elle était curieuse de voir quel plan d’attaque il allait mettre en oeuvre pour arriver à ses fins - quelles qu’elles soient. En hochant la tête, elle lui répondit d’un air moitié détaché, moitié moqueur.

- Je suis anglaise, oui. Très perspicace !

Il était inutile de le nier, son accent la trahira toujours. L’islandais était une langue incroyablement compliquée. La jeune femme avait été infiniment soulagée en remarquant que quasiment tous les islandais maîtrisaient la langue de Shakespear. Néanmoins, elle trouvait leur langage magnifique et donnait tous ses efforts pour le maîtriser. La prononciation était un exercice infernal, et même si elle parvenait aujourd’hui à prononcer convenablement tous les mots, son accent anglais ne la quittait pas. Mais après tout, c’était ses origines, son identité.

- Alors dis-moi, qu’est-ce que tu fais ici ? Tes cernes ne sont pas de la même longueur, c’est amusant. Tu dois avoir un travail assez éprouvant, qu’est-ce que tu fais pour gagner ta vie ?

- C’est parce que je travaille seulement avec la partie droite de mon corps, affirma-t-elle, l’air très sérieux.

Il avait donc opté pour un plan d’attaque constitué de critiques insultantes, choix étonnant. Mais, encore une fois, mauvaise cible. Elle espérait tout de même qu’il n’appliquait pas cette technique d’approche à n’importe-qui, il risquerait de une âme sensible. Et ça, en revanche, c’était juste profondément con et inutile. Mais son air sournois dissimulé la laissait penser qu’il devait sûrement s’adapter à la personne en face. Malheureusement (ou heureusement ?) pour lui, Keira était constituée à 70% de connerie. Elle n’avait d’ailleurs aucun plan d’approche le concernant, aucun but défini, aucune attente. Seulement un peu de curiosité, et l’envie de s’amuser. La jeune femme posa alors sur son verre vide un regard mystérieux.

- Ce que je fais pour gagner ma vie ?

Très doucement, elle releva le regard vers l’homme, le visage rempli d’un mélange subtil de mystère, de défi, et de charme. Sans le quitter des yeux, elle avança lentement son avant-bras vers lui, en le faisant glisser sur le comptoire. Elle était maintenant tout près de lui. Alors qu’elle s’avançait encore un peu plus, doucement, sensuellement, elle baissa le regard et posa son autre main sur sa cuisse. Ses longs cils accompagnèrent ses yeux noisettes alors qu’elle regarda de nouveau l’homme, droit dans les siens. Leur visages étaient maintenant si près l’un de l’autre qu’elle sentait sa respiration s’écraser contre sa bouche. Keira ouvrit doucement les lèvres, et prononça ce simple mot d’une voix basse.

- Voleuse.

D’un geste rapide et soudain, elle plongea la main vers la poche de l’inconnu, où elle attrapa le portefeuille qui  en dépassait légèrement. Sa mission accomplie, elle se releva brusquement, ouvrit le portefeuille et y trouva l’objet de ses désirs : sa carte d’identité. Elle avait bien comprit que si elle voulait des informations, il fallait qu’elle aille les chercher elle même.

- Nikola Lokinjörd, lit-elle d’un gentil ton pompeux.

La jeune femme referma le portefeuille d’un coup sec, le prit entre deux doigts et le tendit à son propriétaire. Alors qu’il l’attrapa, elle fit un signe de tête en direction de l’objet qu’elle venait de voler.

- Du cuir de qualité, et il y a même tes initiales gravées dessus… Elle plaqua une main sur sa bouche, dans une parfaite imitation de fille choquée et impressionnée qui viendrait de rencontrer une star. Nikola… Serais-tu riche ?

La jeune anglaise posa un coude sur le comptoire, et déposa sa tête dans sa main. Le regardant toujours, elle mima “ouah !” des lèvres, avant de laisser échapper un petit rire amusé. Elle tourna alors la tête, qu’une traînée orangée venait suivre, et montra d’un signe de tête à Nikola le groupe de filles aux décolletés plongeants.

- Tu devrais aller voir par là-bas, je suis sûre que tu auras un immense succès ! Lança-t-elle l’air rieur.
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MessageSujet: Re: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Lun 13 Nov - 23:21




Anglaise. Nikola avait raison, elle avait l’accent et donc l’origine. Mais que venait-elle faire en Islande ? C’est une destination très touristique depuis toujours, mais en novembre il était rare de croiser des étrangers ici. Non pas que le pays en était moins beau, au contraire, les aurores boréales n’en étaient que plus belles, mais simplement parce que les vacances étaient terminées. On l’on pouvait être trop vieux pour combattre le froid. Car même l’été on pouvait y grelotter d’ennui. Elle devait donc s’être installée ici, plus ou moins temporairement. Mais son islandais presque parfait, à défaut son accent, ce qui laissait imaginer qu’elle vivait ici depuis quelques années déjà. Quant à savoir ce qu’elle faisait ici… La réponse ne se fit pas attendre. Elle se pencha vers Nikola. Laissant glisser son avant-bras le long du comptoir. Son visage à quelques centimètres du sien. Il pouvait sentir son souffle chaud s’échapper entre ses lèvres entrouvertes. Plusieurs pensées fusèrent alors dans son esprit à ce moment-là. Il avait envie d’attraper sa nuque et de l’embrasser fougueusement. Passer sa main dans ses cheveux de feu et les agripper d’un geste ferme. Caresser ses joues rosées. Mordre son cou frêle. La soulever et l’asseoir sur le comptoir d’un mouvement bestial en l’embrassant. Plaquer ses hanches contre ses reins, lui faisant sentir sa virilité grandissante. L’embrasser et sentir son souffle s’accélérer sous l’effet de l’excitation. Mais c’était un jeu. Le jeu de la tentation et de la résistance. Alors il resta immobile, dans ses pensées, tentant d’ignorer la main de la jeune rousse sur sa cuisse, laissant ses yeux se poser sur les lèvres rouges de Keira, avant de remonter vers les siens remplis d’une lueur joueuse.

- « Voleuse. »

Elle avait à présent le portefeuille de Nikola dans les mains, et s’était éloignée de lui aussitôt qu’elle l’ouvrit. Celui-ci poussa un petit cri de surprise face à ce vol. Mais ne chercha pas à récupérer son bien, il n’avait rien à cacher à l’intérieur. C’est ainsi qu’elle découvrit son nom. Qu’elle, malgré que l’islandais ne soit pas sa langue maternelle, arriva à prononcer parfaitement.

- « Du cuir de qualité, et il y a même tes initiales gravées dessus… Nikola… Serais-tu riche ? »

Avec un sourire amusé, Nikola repris son portefeuille des mains de la jeune fille, et le remettait bien au fond de sa poche.

- « Nom d’un cul chrétien, c’est donc uniquement cela qui vous intéresse chez nous, pauvres hommes réduits à notre compte bancaire ? Je te préviens, il va falloir user de ton charme si tu veux me soutirer de l'argent. »

Encore et toujours ce jeu de blagues pour esquiver la réponse. Mais Keira n’était pas loin de la vérité. Il n’était pas riche, mais il était loin d’être pauvre. Il était même au-dessus de la classe sociale qu’on pourrait qualifier de « modeste ». Il avait grandi une cuillère en argent dans la bouche grâce au travail de son père. Il était, et est toujours malgré son âge avancé, un humoriste, metteur en scène et réalisateur à la personnalité et la satire controversée. Nikola l’a vu être « à la mode », puis « ringard », puis « culte », puis « has-been », puis « légendaire ». Il eut d’ailleurs la confirmation de Keira n’était pas islandaise, car le nom de Lokinjörd était connu dans tout le pays. Mais Nikola ne devint pas la personne qu’il était dès sa majorité.
Vers l’âge de vingt ans, la dépression fit pression sur lui : baver plusieurs longs mois devant la télé, hésitant péniblement entre mater la chaîne nationale pendant sept heures d’affilée ou des reportages pendant six heures, avec des pauses boulimie ou alcooliques. Regarder flamber la page blanche de son avenir en avalant un comprimé contre les idées fixes, deux contre les idées noires. Et plus d’idées du tout.  Il y a dix ans Nikola n’allait nulle part. Et il est fort probable qu’il finisse très mal. Seulement, entre les deux, son bonheur levait aujourd’hui le majeur aux détracteurs. Et ça des détracteurs il en avait. Remontant, tel un saumon, la rivière des insultes déversées dans les journaux ou les émissions. Face à l’adversité, il avait un énorme avantage : il n’a jamais été aimé pleinement face au public. Impopulaire, depuis le départ. Mieux, il est un ancien suicidaire. Le regard des autres lui importe au plus haut point, il peut même l’obséder, mais leur mépris ne le surprend jamais. Il y nage en connaissance de cause. L’opprobre et l’isolement sont sa normalité, son milieu d’origine.
Chroniqueur, acteur, réalisateur, auteur, et emmerdeur professionnel. Payé à être une grande gueule sur la grande chaîne nationale. Il gardait une photo de sa mère dans sa poche histoire de se rappeler qu’une femme le trouve génial au moment où une chroniqueuse lui explique qu’entre lui et de la merde, la différence n’est qu’odorante.
Mais à présent il était une personnalité à succès. Il pissait dans douze violons et quatorze contrebasses avant ça. Mais aujourd’hui sa vessie est à sec et on l’invite à travers tout le pays pour se moquer des politiciens, des célébrités, des œuvres des autres. Sa rhétorique, son cynisme, son sarcasme et sa répartie lui apportent maintenant un salaire plus que convenable. Qu’il dépensait d’ailleurs un peu n’importe comment, et en grande partie dans l’alcool et la drogue.

- « Tu devrais aller voir par là-bas, je suis sûre que tu auras un immense succès ! »

- « Je suis très bien ici. Et si tu regardes bien ces jeunes filles, tu pourras y voir le néant dans leur regard éteint et froid qu'aucune étincelle d'intelligence ne réchauffe. Ce n’est pas pour te flatter, mais tu as l’air d’avoir bien plus de conversation depuis dix minutes qu’elles n’auront jamais en trois heures. »

Nikola remarqua que son verre était vide. Il sentait les vertiges de l’alcool l’envahir, et engourdir doucement ses membres. Il attrapa le verre vide de Keira, en effleurant volontairement son avant-bras pour créer un contact électrique, et le poussa vers le barman.

- « Deux verres de ton meilleur vin s’il te plaît Franz ! »


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MessageSujet: Re: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Mer 15 Nov - 21:07



- Nom d’un cul chrétien, c’est donc uniquement cela qui vous intéresse chez nous, pauvres hommes réduits à notre compte bancaire ? Je te préviens, il va falloir user de ton charme si tu veux me soutirer de l’argent.

- Ou simplement te le voler, répondit Keira avec un haussement d’épaules, ça m’a l’air plutôt facile pour l'instant.

Hm. Ce verre vide ne lui plaisait guère. Il fallait qu’elle recommande quelque chose. Mais quoi ? Ah, le barman a une tache sur ton t-shirt. C’est de la sauce tomate ? Tiens, Keira a un peu faim. Elle avait oublié de manger, c’est pas commun. Merde… Elle s’était perdue dans ses pensées. Elle était beaucoup trop facilement distraite. Si Alda était dans sa tête en cet instant, elle se moquerait cruellement. Cette pensée lui arracha un heureux sourire.

- Je suis très bien ici. Et si tu regardes bien ces jeunes filles, tu pourras y voir le néant dans leur regard éteint et froid qu'aucune étincelle d'intelligence ne réchauffe. Ce n’est pas pour te flatter, mais tu as l’air d’avoir bien plus de conversation depuis dix minutes qu’elles n’auront jamais en trois heures.

- Ah, ravie que tu t’en rendes compte !

Keira souriait. Elle avait en effet cette même impression. Cependant, contrairement à ce qu’il avait l’air d’en penser, il demeurait en elle cet espoir de voir les gens changer en quelque chose de meilleur. Toujours. Oh, bien sûr, cet espoir ne l’empêchait pas de perdre parfois patience, d’abandonner ou de désespérer. Mais inlassable, éternel, cet espoir revenait.

Elle observa Nikola, le scrutant de son regard. Il y avait quelque chose, là, tout près. Derrière ces remarques acerbes, ces détournements de questions et ces réponses calculées se trouvait un potentiel de folie, une partie déjantée qui oubliait au fond de son verre ce réflexe calculateur et réfléchi. Keira avait envie de l’attraper par les épaules et le secouer très fort, jusqu’à ce qu’il explose. La personnalité que les gens choisissent d’afficher était généralement bien moins intéressante que ce qui se cachait au fond. Inventer une personnalité, c’est à la portée de tout le monde. On sait tous faire, c’est pas intéressant. Être soi-même est bien plus compliqué. Mais quelle importance que derrière votre masque vous êtes un émotif incontrôlé, qu’une simple feuille d’arbre peut briser en mille morceaux de par sa simple beauté ? Au moins, c’est réel. Keira aime le vrai, l’authentique. Keira aime cette folie, bien trop souvent non assumée. Keira aime les humains. Ils sont beaux, ils sont sensibles, ils sont illogiques, et surtout, ils sont complètement fous. Keira aime les humains. Mais pour les aimer, il faut les voir. D’un mouvement de tête, elle observa ce bar grouillant d’humains. Plus elle regardait, plus ils pullulaient. C’est comme s’ils se multipliaient par un simple regard. Ils surpeuplent cette pièce bien trop petite pour tous ces humains. La foule était dense, et pourtant, elle ne voyait personne. Ces filles aux rires forcés qui cachaient toutes leurs névroses derrière leur décolletés, cet homme d’affaire qui enviait cette bière premier prix mais buvait du champagne pour oublier, ce groupe d’amis qui dissimulaient leur jalousie mutuelle en riant trop fort… Et cet homme, qui cachait sa tristesse en transformant une simple conversation en un jeu. Ils étaient tous faux. Alors oui, elle voulait le secouer. Le révéler.

Doucement, un sourire imperceptible venait naître sur son visage. Elle n’avait aucun plan d’action, aucune idée de la manière à laquelle procéder, mais la détermination l’épris soudainement. Rencontrer le réel Nikola Lokinjörd, telle était sa mission. Cette soudaine pulsion la parcourut d’une motivation que ses deux pintes de bières renforçait. Il ne lui restait plus qu’à savoir comment percer à jour ce personnage durement construit.

- Deux verres de ton meilleur vin s’il te plaît Franz !

Oh Franz, you beautiful son of a bitch. L’oeil plein de défi et le sourire satisfait, Keira fixa le barman alors qu’il posait devant deux verres de vin devant cet étonnant duo. L’alcool, une bien belle solution. Simple, mais terriblement efficace.

- Enfin ! S’impatienta faussement Keira. Je commençais à croire que j’allais jamais réussir à te soutirer quoi que ce soit.

L’air rieur et joyeux, la jeune femme sourit à Nikola alors qu’elle attrapait son verre. Délaissant l’espace d’un instant son éternelle connerie, elle leva son verre et remercia l’homme de manière plus sérieuse.

- Merci pour ce verre. La prochaine tournée est pour moi !

Après avoir trinqué, la jeune anglaise porta son verre à ses lèvres. Ce vin était excellent. Ce qui raviva encore plus sa joie. Elle se demandait combien de verres il avait déjà bu avant son arrivée. Sûrement pas tant que ça, elle l’aurait remarqué. Mais il n’avait pas non plus l’air sobre comme un saint. Une situation à arranger. En reposant délicatement son verre sur le comptoire, Keira regarda au dehors du bar. Elle avait remarqué Nikola jeter quelques regards en cette direction.

- C’est ton ami, qui discute avec la belle blonde là bas ?

L’homme en question, bien que visiblement éméché, semblait beaucoup intéresser la jeune femme à qui il parlait. Il y avait beaucoup de contacts physiques, de rires, de proximité. Keira jeta un regard interrogateur au sourcil acéré à Nikola, que son éternel sourire adoucissait.

- Alors, c’est ça votre but à tous les deux, de venir dans les bar et emballer les donzelles ? Demanda Keira avec un sourire. Comment est-ce qu’on gagne à votre jeu, c’est le premier qui pécho qui l’emporte ? En tout cas, ton pote à l’air de mieux se débrouiller que toi.

La façade en béton armé que s’était forgé Nikola pour se dissimuler rendait ses réactions difficiles à prévoir. Serait-il effrayé lorsqu’elle aura relâché toute sa folie ? Se désintéressera-t-il lorsqu’il verra l’ampleur de sa connerie ? Il fallait qu’elle fasse attention… Merde. Elle devenait calculatrice. Il ne faut pas. Surtout pas. Non. Merde. Pas ça.

- Aaahhh…. ARTICHAUD !

Les yeux grand ouverts, étonnés par sa propre action, Keira resta figée. Sa pensée calculatrice l’avait paniquée, et elle avait hurlé le premier mot qu’il lui passait par la tête, naturellement. Quelques regards étonnés s’étaient retournés sur elle, mais peu importe. Reprenant son verre dans sa main, elle jeta des regards un peu partout, l’air de rien.

- Hein, quoi, tu as dis quelque chose ? Hurm, nevermind. Tu disais ? Demanda-t-elle, l’air le plus normal du monde.
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MessageSujet: Re: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Sam 18 Nov - 14:40



- « Ou simplement te le voler, ça m’a l’air plutôt facile pour l'instant. Je commençais à croire que je n’allais jamais réussir à te soutirer quoi que ce soit. »

Nikola eu un petit rire sarcastique. Elle ne savait pas à qui elle avait affaire. Il était un bunker humain. Espérer le sonder était comme essayer de percer un mur avec un cure-dents. « N’espère pas pouvoir me voler autre chose que mon temps. » Glissa-t-il, avec un air de défi, en se penchant vers elle.

- « Merci pour ce verre. La prochaine tournée est pour moi ! »

- « Vraiment ? On renverse le patriarcat et les conventions sociales, heilsa ! On trinque à la révolution ! »

Tintements de verres, yeux dans les yeux. Ce vin était excellent. Fruité. Léger. Et avait la même couleur que les lèvres de Keira. Ce qui le rendait d’autant plus attractif. A moins que ce soient les lèvres de Keira qui étaient attirantes justement parce qu’elles avaient la couleur du vin. C’était une pensée alcoolique à méditer. D’ailleurs la pièce commençait à tourner doucement autour d’eux, Nikola sentait qu’il n’était plus très stable sur son tabouret, mais tout à fait capable de tenir une conversation et conscient de ses mouvements malgré tout. Seule sa vue commençait à se brouiller, et ses pensées divaguer.

- « C’est ton ami, qui discute avec la belle blonde là-bas ? Alors, c’est ça votre but à tous les deux, de venir dans les bars et emballer les donzelles ? Est-ce qu’on gagne à votre jeu, c’est le premier qui pécho qui l’emporte ? En tout cas, ton pote à l’air de mieux se débrouiller que toi. »

- « Keira, Keira… Rappelle-moi qui de nous deux a engagé la conversation ? Ce serait plutôt à moi de m’interroger et poser des jugements infondés, comme tu viens de le faire, sur les raisons qui t’ont poussée à venir vers moi. Mais c’est mon ami, oui, et en effet il se débrouille bien. Je pense que je ne le reverrai pas ce soir. Du moins, j’espère pour lui ! »

Il jeta un dernier regard sur son ami en charmante compagnie. Elle n’était pas blonde, c’était LA blondeur. Il est probable que la Suède ait pactisé avec l’Allemagne, la Norvège et la Finlande pour mettre au point cette chevelure. Ondulés comme un plat de tagliatelles. Ils tranchaient clairement avec le feu des cheveux de Keira.

Le premier qui pécho l’emporte. Ce n’était pas une surprise, c’était l’image que les deux amis renvoyaient quand ils étaient ensemble. Les deux amis célibataires, criants à qui veut l’entendre que l’amour est une chimère neurobiochimique brevetée par un poète élisabéthain, puis exploitée par Hollywood pour faire chialer les grands enfants. Enfin. En réalité Nikola était le plus désillusionné des deux. Swenn continuait à espérer qu’un jour son meilleur ami ressente de nouveau des papillons dans le ventre. Mais le problème avec ces animaux-là c’est que ce sont des espèces éphémères. Nikola avait encore faim d’amour, mais des brûlures plein l’estomac. Alors désormais il se terrait derrière un masque provocateur pour cacher ce qu’il détestait être la vérité. Que de trop nombreuses femmes avaient tout retourné en lui comme un cambriolage.

Il a souffert, il allait souffrir. Pourquoi recommence-t-on avec autant de fraîcheur la comédie de l’amour alors qu’on en ressort avec autant de cicatrices ? Parce qu’on ne se souvient plus de nos précédentes faillites ? Si, elles, sont tatouées sur la peau de ses livres. Parce qu’on espère que nos échecs nous ont rendu meilleur acteur et que ce film-là terminera bien comme une comédie romantique ? Faux, Nikola est le même connard que l’année dernière. Alors pourquoi ? Parce que finalement c’est mieux que la bière et l’amitié. C’est mieux que la gloire et les sushis. Mieux qu’un feu d’artifice, que des aurores boréales. Mieux qu’une fête surprise. C’est son emploi à mi-temps.

- « Aaahhh…. ARTICHAUD ! Hein, quoi, tu as dit quelque chose ? Hurm, nevermind. Tu disais ? »

- « Wow ! Quel coffre ! Si c’est un code secret d’agent spécial, je suis désolé, on ne fait visiblement pas parti de la même unité. Mais tu es anglaise, ça paraît logique ! Depuis quand tu habites ici d’ailleurs ? Tu as un très bon islandais, sans vouloir te complimenter. »

Les joues rougies devant son propre cri, tentant de se donner une contenance avec son verre, Keira dégageait une innocence adorable. Qui donnait presque envie de la réconforter, de venir à son secours. Mais au contraire, devant cette tomate, Nikola ne put empêcher un rire moqueur.

Etait-ce l’alcool qui la rendait de plus en plus attirante, ou les minutes qui passaient et qui les rendaient plus proches que la précédente ? Elle avait quelque chose dans son regard. Nikola n’arrivait pas à s’en détacher. Une lueur de folie, de naïveté, peut-être… Oui c’est ça. De l’espoir. Comme si elle n'avait pas renoncé. Comme si elle n'avait jamais douté de rien. Ni de la beauté des hommes. Elle semblait aux antipodes de Nikola. Lui avait tout ce dont on peut rêver, pourri gâté inconsolable depuis son enfance. Qui découvrit bien trop tôt que l’auto destruction était un vêtement qui lui allait comme un gant.

- « Est-ce que tu veux aller te balader ? »


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MessageSujet: Re: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Dim 19 Nov - 18:52



    - Keira, Keira… Rappelle-moi qui de nous deux a engagé la conversation ? Ce serait plutôt à moi de m’interroger et poser des jugements infondés, comme tu viens de le faire, sur les raisons qui t’ont poussée à venir vers moi. Mais c’est mon ami, oui, et en effet il se débrouille bien. Je pense que je ne le reverrai pas ce soir. Du moins, j’espère pour lui !

    - J’ai essayé de sauver une âme en détresse, pas de te mettre dans mon lit, lui répondit-elle avec un sourire. Qui sait dans quel état tu serais à présent, sans moi ? Coincé entre deux paires de seins avares, ou plongé le nez dans ton verre, pleurant le départ de ton ami. Non, chut, lança-t-elle en posant un doigt sur la bouche de Nikola, qui commençait à s’ouvrir pour répliquer, Keira est là.

    Elle tapota alors une main réconfortante sur son bras. Avec un sourire rieur, elle se redressa pour boire une nouvelle gorgée de l’excellent breuvage qui remplissait son verre. Alors qu’elle sentait doucement le liquide chaud descendre dans sa gorge, les effets de l’alcool, eux, lui montaient à la tête. L’atmosphère, déjà chaleureux, devenait maintenant presque chaud. La foule grouillante et dansante devenait plus floue, comme un décor de fond, une bande de figurants hors focus. Quant à Nikola, il ne paraissait plus aussi droit qu'auparavant. Cependant, l’anglaise ne saurait dire si le problème venait d’elle, ou de lui. Après avoir réactivé ses souvenirs, elle se rendit compte qu’elle n’avait pas mangé. Il ne restait plus qu’à espérer que c’était également le cas de l’islandais.. Elle voulait découvrir le réel Nikola, pas se rouler par terre devant lui en chantant l’hymne chinois.

    - Wow ! Quel coffre ! Si c’est un code secret d’agent spécial, je suis désolé, on ne fait visiblement pas parti de la même unité.

    - Hm, peut-être que je devrais me reconvertir en agent secret, déclara Keira en regardant dans le vide. Une vie pleine d’aventure et de danger, de James Bond girls et d’argent.

    Sur cette déclaration, elle attrapa son verre avec toute la classe dont elle était capable, et bu une gorgée en lançant un regard mystérieux à son interlocuteur. Ce dernier entreprit alors de lui poser des questions sur sa venue en Islande. Encore des questions. Il voulait la faire parler, mais ne disait rien sur lui, ce qui était assez frustrant. La jeune femme n’était pas sûre, cependant, que le mitrailler de questions soit la meilleure solution pour obtenir des réponses. Il pourrait d’ailleurs très bien lui mentir.

    - Depuis quelques années maintenant, répondit-elle avec une nouvelle gorgée, décidant tout de même de répondre à ses questions. Et à priori, je vais y rester un moment, alors autant maîtriser la langue, oui ! Cette… horrible, magnifique, fourbe langue… Ajouta-t-elle alors que son regard se perdait dans le vide aux souvenirs de ses apprentissages laborieux.

    Keira termina son verre, qu’elle reposa un peu brusquement sur le comptoir, accompagné d’un “oups” murmuré. Décidément, l’alcool n’aidait vraiment pas sa maladresse naturelle. Keira pouvait être une vraie catastrophe. Elle était d’ailleurs épatée de n’avoir encore pas renverser de verre sur elle-même ou Nikola. Cet exploit constituait un véritable miracle !

    - Est-ce que tu veux aller te balader ?

    Oh ! Keira n’était donc pas simplement une distraction de quelques minutes, un remplacement dans la chaise vide qu’avait laissé son ami. Aller se promener montrait déjà une plus grande implication. Le soucis était que les rues de Vögar n’étaient malheureusement pas remplies d’alcool, une honte. Elle ferait donc sans ! Elle finirait bien tôt ou tard par trouver une manière de comprendre qui il était vraiment.

    - Laisse-moi environ trois heures le temps de me rhabiller, et on peut y aller !

    Keira se mit debout, et entreprit la longue tâche de remettre toutes ses couches de vêtements. Elle adorait le froid de ce pays, mais c’était décidément une réelle implication temporelle. Avec des gestes maladroits, elle fit glisser les manches de son gilet sur ses bras, noua son écharpe autour de son cou, mit sa veste, et enfonça son bonnet sur sa tête. Décidément, ils formaient un couple bien étrange. Nikola dégageait une certaine classe naturelle, avec un côté décontracté très justement dosé, ses mots étaient choisis et maîtrisés… Et Keira, dans toute sa maladresse et sa connerie, avait une allure de folle. Alors qu’elle observait Nikola, sa propre pensée la fit rire joyeusement. Tiens, rire toute seule, ça n’allait pas arranger son image.

    - Bon allez, dépêche-toi un peu !

    À ces mots, elle lui lança un sourire, et tourna les talons pour se diriger vers la porte du bar. Une fois dehors, une vague de vent glacé lui perfora la peau avec une puissance phénoménale. Sous la surprise, la jeune femme laissa échapper une exclamation.

    - Avec un tel froid, ça m’étonne que vous soyez pas plus alcooliques que ça ici.

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MessageSujet: Re: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Mer 22 Nov - 22:28




« J’ai essayé de sauver une âme en détresse, pas de te mettre dans mon lit. Qui sait dans quel état tu serais à présent, sans moi ? Coincé entre deux paires de seins avares, ou plongé le nez dans ton verre, pleurant le départ de ton ami. Non, chut, Keira est là. »


Nikola, de nature peu docile face aux ordres, attrapa d’un mouvement rapide le doigt de Keira. Il le laissa à quelques centimètres de ses lèvres, et dans un élan de provocation fît sentir son souffle chaud sur cet index joueur :

« Je te trouve bien accusatrice. Tout d’abord, je ne suis pas un garçon facile. Donc me mettre dans ton lit, non. Mais… Je te remercie de toute la bonté dont tu fais preuve ce soir. Tu as l’habitude de faire ça avec tous les hommes que tu croises ? »

Il relâcha l’index de Keira et en profita pour vider le reste de son verre, manquant de perdre quelques gouttes d’alcool à la commissure de ses lèvres tant il souriait, fier. Retournement de situation. Si elle voulait s’amuser à continuer de l’accuser de coureur de jupons, ou essayer de le décrédibiliser, ils allaient jouer et s’amuser. Mais Nikola, dans toute sa verve, était sûr d’en ressortir gagnant. La rhétorique était son métier après tout, c’est pour ça qu’il était reconnu et apprécié autant que détesté. S’il ne pouvait tenir tête à une anglaise rousse et la déstabiliser, il n’avait plus qu’à changer de métier. Ou alors c’est que cette anglaise était spéciale. Très spéciale. Car jusqu’ici il avait accumulé assez de confiance nécessaire pour ne pas avoir peur de manquer de répartie face à quiconque, encore moins une inconnue dans un bar, aussi charmante soit-elle.

« J’habite ici depuis quelques années maintenant. Et à priori, je vais y rester un moment, alors autant maîtriser la langue, oui ! Cette… horrible, magnifique, fourbe langue…»

Elle reposa son verre un peu trop brusquement sur le comptoir, ses mouvements devenant maladroits, ce qui donnaient des indices à Nikola sur l’ivresse qu’elle éprouvait. Elle ne devait pas se situer très loin de la sienne à cet instant alors.
Ainsi donc elle était une habitante de Vögar, pas une touriste ou une business-woman de passage. Il ne connaissait toujours pas son métier, mais il avait visiblement toute la nuit pour le découvrir, elle venait d’accepter de sortir prendre l’air avec lui. Il remit sa veste, puis son long manteau noir, puis son écharpe, tout en regardant vers la sortie. Son ami n’était plus là. La blonde non plus. Il eut un petit sourire face à ce rebondissement, qui s’agrandit lorsqu’il se retourna. Keira se débattait avec ses couches de vêtements. Un gilet, une écharpe, une veste, un bonnet. Quand bien même cela faisait plusieurs années qu’elle habitait ici, visiblement elle ne s’était pas acclimatée aux températures glaciales de l’Islande !

« Bon allez, dépêche-toi un peu ! »

Lança-t-elle en riant, voyant que Nikola était déjà prêt, et l’attendait en la regardant patiemment remettre tous ses vêtements. Cela lui arracha également un rire. Elle avait une joie de vivre déconcertante. C’était peut-être l’alcool, le fait qu’on soit samedi soir, l’ambiance du bar, mais ce soir en tout cas elle respirait vraiment la bonne humeur, l’humour, la bienveillance, et surtout l’inattendu. Chaque phrase qu’elle prononçait était une surprise. Elle tranchait avec la fadeur des autres filles avec qui il était ridiculement aisé de deviner leur réponse avant même qu’elles n’ouvrent les lèvres, tant elles étaient ternes et basiques.

Elle tourna les talons, et Nikola posa sa main au milieu de son dos pour accompagner ses déplacements vers la sortie. C’était une habitude de séduction, parfois de protection. Mais là sous toutes ses couches de vêtements il était peu probable qu’elle ne se soit rendue compte de la pression de sa main contre son dos. Ils sortirent du bar, et Keira frissonna en enfonçant son nez dans son écharpe, ce qui lui apporta la confirmation qu’elle ne s’était vraiment pas acclimatée aux températures locales. En même temps, on ne pouvait pas dire que c’était une partie de plaisir pour les locaux non plus, surtout en Novembre. Mais les paysages étaient si magnifiques qu’ils faisaient vite oublier à quel point il faisait froid. Comme si la beauté de l’Islande réchauffait suffisamment le cœur pour apporter un remède au gel externe.

«Avec un tel froid, ça m’étonne que vous ne soyez pas plus alcooliques que ça ici.»

« Haha ! Si tu veux je vais te faire jouer à quelque chose. On a un jeu ici, une espèce de test d’alcoolémie destinés aux personnes de passage ou nées ailleurs. Tu vas devoir répéter après moi des noms de villes, distinctement, et si tu n’y parviens pas tu as un gage. »

Nikola s’abstenu de dire en quoi consistait les gages pour l’instant, d’abord parce que ce jeu se faisait initialement au bar et que le gage consistait à boire un cul-sec, et ensuite parce qu’il ne connaissait pas encore Keira pour savoir jusqu’où elle était prête à aller pour gagner un jeu. Mais il allait bientôt le découvrir.

« Prête ? Stykkishólmur, et Hafnarfjörður. Attention je ne répéterai pas ! A toi. »

Tout en riant devant les gros yeux de Keira, il la guidait dans les rues de Vögar vers des coins plus reculés et un peu moins bruyants. Les islandais avaient beau être moins alcooliques que les russes, ils n’en restaient pas moins bêtes quand ils étaient saouls, et Nikola refusait que quoi que ce soit vienne gâcher cette nuit qui s’annonçait si belle. C’est ainsi qu’ils se promenaient dans les vieux quartiers aux rues pavées de la ville, jusqu’à atteindre les bords d’un lac qui se situait à quelques minutes de la ville. Nikola s’arrêta. Il n’avait pas fait attention, sûrement quand ils regardaient leurs pieds afin de ne pas trébucher face aux ravages de l’alcool, mais dans le ciel nageaient des aurores boréales. Il resta un court instant paralysé, avant d’ouvrir les lèvres :

« Keira. Regarde. »

Il l’attrapa par la main, et l’entraîna vers le sol où ils s’assirent tous les deux, le visage levé vers le ciel. Le spectacle était si beau qu’il en oublia de relâcher la main de Keira une fois à terre.
Il avait beau être né ici, et avoir vu passer plus d’un quart de siècle d’automnes et d’hiver à admirer des aurores boréales, il ne se lassait jamais de ce spectacle. Des draps pris dans le ciel qui dansaient, qui apportaient un sentiment de sérénité si intense. Et un sentiment d’être si petit face à cette merveille de la nature également. Les nuances glaciales de vert et de bleu étaient à couper le souffle. Et Nikola ne pouvait en détacher les yeux, alors qu’ils avaient été plongés dans le feu des yeux de Keira toute la soirée.



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MessageSujet: Re: Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. » Jeu 23 Nov - 0:51


    - Je te trouve bien accusatrice. Tout d’abord, je ne suis pas un garçon facile. Donc me mettre dans ton lit, non. Mais… Je te remercie de toute la bonté dont tu fais preuve ce soir. Tu as l’habitude de faire ça avec tous les hommes que tu croises ? - Je n’ai pas vraiment d’habitude lorsque que je parle à des hommes, ou des femmes, ou n’importe qui. J’agis comme j’ai envie d’agir sur le moment, et en fonction de la personne qui se trouve en face de moi. Alors oui, si ça peut flatter ton égo, j’agis comme ça seulement avec toi, tu es unique Nikola ! Lança-t-elle avec un haussement d’épaule qu’elle accompagna d’un sourire subtilement amusé.  Keira ne savait pas si elle parviendrait à connaître la personne réelle qui se cachait derrière tout ce numéro, mais ce qui était sûr, c’est qu’elle allait s’amuser à l’embêter. Que sa confiance soit une façade ou un trait réel de sa personnalité, elle n’allait pas la laisser l’impressionner. Il semblait penser pouvoir jouer avec elle, la faire courir dans son petit labyrinthe à la manière d’un rat de laboratoire, et dans quel but ? L’analyser, la comprendre pour mieux la détruire, la séduire, la posséder ? Était-t-il un simple joueur qui s’amusait à la manipulation subtile, ou une sorte de pervers narcissique en quête de victimes ? De tout ça, Keira pensait surtout que l’alcool qui courrait dans son sang la faisait partir dans des réflexions trop grande pour cet homme qui ne paraissait finalement pas dangereux. Stop. Il ne fallait pas trop réfléchir, et apprécier cette soirée. Peu importe ses intentions, peu importe ce qui allait se passer, elle trouverai matière à rire et à s’amuser. Elle était maître en la matière.  Lorsqu’ils sortirent du bar pour aller se promener, Keira cru sentir une main connue se poser sur son dos. Elle n’était pourtant pas assez bourrée pour avoir besoin d’aide pour marcher. Serait-ce une tentative de séduction ? Non, l’alcool commençait à monter un peu trop à son pauvre cerveau, personne ne l’avait touché. Elle chassa cette pensée de sa tête et pénétra dans le froid glacial. - Haha ! Si tu veux je vais te faire jouer à quelque chose. On a un jeu ici, une espèce de test d’alcoolémie destinés aux personnes de passage ou nées ailleurs. Tu vas devoir répéter après moi des noms de villes, distinctement, et si tu n’y parviens pas tu as un gage.  - Wow, laissa échapper Keira, les yeux ronds, avant de rire joyeusement. J’espère que tu caches pas une bouteille de vodka sous ton manteau, sinon je suis morte ! Et d’ailleurs, pourquoi ça ne m'étonne pas que ton petit jeu n'aille que dans un sens ?   - Prête ? Stykkishólmur, et Hafnarfjörður. Attention je ne répéterai pas ! À toi.  Le sourire qui illuminait le visage de Keira laissa place à une mine déconfite. Elle prit une profonde inspiration, essayant de se ressaisir, puis tenta d’afficher un air très confiant alors qu’elle entreprit lamentablement de reproduire ces sons venus d’un autre monde.  - Pfft, c’est tout ce que tu as ? Hurm hurm, admire… Keira marqua une longue pause, se concentrant de toutes ses forces pour maîtriser la prononciation de ces noms qui lui avait toujours échappé, puis les prononça à toute vitesse, espérant que ses erreurs passeraient inaperçues. Stykkshlomru et Hafnarfjörbwur.  La jeune anglaise pinça les lèvres, essayant de juger au visage de Nikola à quel point elle s’était planté. Au vu de son air, elle risquait bien fortement d’avoir droit à un gage. Elle laissa alors échapper un long soupire de défaite. - Très bien, j’accepte ma sentence…  Les bras écartés en grand et les yeux plissés, Keira se livra corps et âme à son châtiment… Avant de s’enfuir en courant. La traînée sonore de son rire la suivait alors qu’elle plaçait une bonne distance entre elle et Nikola. Elle n'échapperait certainement pas à son gage, mais son âme d’enfant avait prit le dessus. Attendant que son compagnon de la soirée la rejoigne, elle observa les bâtiments illuminés qui les entouraient. Vögar n’étais pas une ville particulièrement notable, mais Keira l’adorait. Le port, les rues pavées au charme infini, les forêts environnantes… Elle était amoureuse de cet endroit. Alors, naturellement, chaque promenade était pour elle un merveilleux moment - pour sa vie de tous les jours comme pour sa vie professionnelle. La ville n’était pas très grande, aussi ils en sortirent rapidement, avant d’arriver sur les bords d’un lac environnant. Keira adorait cette endroit. Elle n’avait jamais vu de tels paysages du temps où elle vivait en Angleterre. L’herbe était d’un vert incroyablement éclatant compte tenu de la saison, les montagne aux roches grises qui les entouraient étaient parfois parsemées de cette même herbe éclatantes, et un peu plus haut d’une neige lumineuse, qui, étrangement, avait une lueur bleue-verte… - Keira. Regarde. La jeune femme fut alors entraînée vers le sol où ils s’assirent tout les deux. En levant la tête, elle vit alors l’origine de cette lueur. Muette et bouche bée, elle regarda les aurore boréales qui s’étendaient au dessus de leur tête avec un émerveillement presque enfantin. Elle avait eu l’occasion d’en voir depuis qu’elle était arrivée en Islande il y a quelques années, mais elle ne cessait jamais d’être époustouflée par ce phénomène d’une beauté incomparable. Au dessous de ces lumière ondoyantes, le lac, à la surface impeccablement lisse, reflétait chacune des modification féériques du ciel. L’eau répondait à son voisin du dessus, elle recopiait l’oeuvre qui s’étalait au dessus d’elle, en y ajoutant sa touche floutée. C’était un spectacle magnifique, tellement magnifique que l’émotion affaibli sa voix en un doux murmure.  - Je… je crois que je n’en avais jamais vu d’aussi magnifique. DAMN IT ! Cria-t-elle soudainement, se frappant le front d’une main, pourquoi j’ai pas mon appareil photo, aarg… Désespérée par cette chance qui lui passait sous le nez, elle se laissa tomber le dos dans l’herbe froide. Elle avait déjà un dossier rempli de photo de cet incroyable phénomène, mais le cadre ici était encore plus magnifique que tout ce qu’elle avait pu immortaliser. Dans ces situations-là, Keira s’en voulait et regrettait de ne pas se promener constamment avec un de ses appareils. Dommage qu’ils soient si encombrants…  Dans sa ruminance contre elle-même, Keira n’avait pas remarqué que Nikola tenait toujours sa main dans la sienne. Alors, doucement, elle se redressa, et releva leur deux mains au niveau de leur visage pour les placer sous son regard, un sourcil levé.  - Tu sais, il faut pas avoir peur, les grosses traces dans le ciel vont pas te manger.


Edit : Suite ici -> http://vogar-island.forumactif.com/t27-sale-journee-nikola-keira
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Nikola & Keira ▬ « - Tu bois depuis quelle heure ? - Depuis toujours. »

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